Catherine Boudet : « Après la partielle ce sera intéressant de voir comment le champ politique va se restructurer »

Le gouvernement actuel a fêté ses trois ans à la tête du pays, le lundi 11 décembre 2017. Pour l’occasion, la politologue Catherine Boudet passe à la loupe le prime ministership de Pravind Jugnauth ainsi que les forces, les faiblesses et les priorités du régime en place.

Propos recueillis par Christophe Karghoo

5-Plus : Le gouvernement Lepep a connu plusieurs secousses et scandales depuis le 11 décembre 2014. Quel bilan faites-vous de ces trois dernières années ?
Dr Catherine Boudet : La promesse de l’Alliance Lepep de lutter contre la fraude et la corruption est en cours de réalisation, même si on peut questionner les méthodes utilisées…

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Catherine Boudet : « La police a eu peur de l’opinion publique »

Il faut un code d’éthique pour les politiciens, les journalistes, mais aussi pour les citoyens. C’est ce que soutient la journaliste et politologue Catherine Boudet. « On ne peut pas exiger qu’un politicien se comporte d’une façon honorable si le citoyen lui-même se comporte de façon vulgaire », dit-elle, en dénonçant, par la même occasion, les différences de traitement dans plusieurs cas…

Propos recueillis par Zahirah Radha 

Q : Perquisitions aux domiciles des journalistes, défilés de ces derniers aux Casernes centrales, attaques répétitives des parlementaires du gouvernement, dont le Premier ministre lui-même, contre la presse, celle-ci est-elle plus que jamais la bête noire de ceux qui sont au pouvoir ?
R : Je dirais une bête noire bien pratique. On sait qu’il y a un rapport de forces entre la presse et le pouvoir. Mais il y a aussi, par moment, un rapport d’intérêts. Il ne faut pas oublier que le pouvoir a besoin de la presse pour véhiculer ses messages, par exemple.

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Catherine Boudet : « Il est important de savoir que tout droit a une limite »

L’actualité  est  marquée  semaine  après  semaine  par  des  «  guéguerres  » entre politiciens et citoyens. Des dérapages qui poussent, au final, à une remise en question du pouvoir. Catherine Boudet, politologue, revient sur ces récentes actualités et pose une réflexion. Entretien.

Propos recueillis par Nadia Hilaire

La Vie Catholique : Une dame remet à sa place un politicien. Mais l’analyse ne fait pas état que de la contestation d’un politicien élu par une citoyenne. Quel est votre avis ?

Catherine Boudet : Il y a plusieurs faits dans cet incident. Déjà, il y a le langage du ministre qui traite de « vagabond » un opposant politique. Peu importe de qui il s’agit, le ministre a proféré une insulte et, selon le Code pénal, c’est un délit. Mais on le tolère. Par ailleurs ce qu’a fait cette dame semble extraordinaire parce que c’est une simple citoyenne. Mais il faut rappeler que le ministre est un également un citoyen…

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Référendum : combler un vide juridique

Fallait-il organiser un référendum sur le projet de Metro Express ? De nombreuses voix se sont élevées dernièrement, surtout avec l’expropriation des habitants de Barkly et de La Butte, pour revendiquer l’organisation d’une consultation nationale sur le très controversé projet de Metro Express. La Plateforme Anti-Metro avait même circulé une pétition dans ce sens, s’appuyant sur les promesses officielles tenues par la Présidence de la République.
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Catherine Boudet : « Une rencontre en catimini alors que la presse est aux aguets, c’est tout de même un drôle de catimini, non ? »

Trafic de drogue : En 1988, lors de la Convention des Nations Unies contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes, les parties expriment leurs craintes face à la prolifération de ce fléau. C’est une menace grave pour le bien-être des individus et cela entraîne aussi des effets néfastes sur les fondements économiques, culturels et politiques de la société. Tous les dix ans, les Nations Unies adoptent de nouveaux traités internationaux sur la criminalisation et les sanctions. Les Etats-membres, eux, conçoivent des systèmes de contrôle pour lutter contre les problèmes de drogue localement. Mais les stratégies efficaces de lutte sont coûteuses tandis que les réseaux de trafiquants continuent d’alimenter ce commerce extrêmement profitable. La corruption des gouvernements, des forces policières et des institutions s’étend aux quatre coins de la planète. La guerre contre ce crime organisé est difficile. Catherine Boudet nous en parle. 

Propos recueillis par Madhu Ramlallah
 
Mauritius Times : Si ce n’est pas une affaire de crime, c’est souvent une bourbe ou une menace ministérielle ou même une dénonciation ou un aveu devant la commission d’enquête sur le trafic de drogue qui nous choque semaine après semaine depuis un bon bout de temps. Il y a une autre île Maurice – une nouvelle, celle-là — qui se cache, paraît-il, derrière les images de nos cartes postales. Qu’en pensez-vous ?
Catherine Boudet : C’est vrai que l’actualité politique de cette année 2017 est particulièrement chargée en scandales politiques, sous formes de leaks, de dénonciations ou de révélations. Et c’est vrai que dernièrement, avec les travaux de la commission contre la drogue, ces révélations prennent une nouvelle tournure, plus choquante. Mais en fait, ce sont des secrets de polichinelle qui sont révélés au grand jour.

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Catherine Boudet : « L’achat de votes et le bribe ont atteint des sommets records lors des dernières élections… »

Dans la République de Maurice, l’ampleur de la corruption d’un gouvernement à l’autre démontre qu’il existe des hommes et des femmes disponibles et prêts pour ce type d’échange social. De plus en plus, les valeurs s’effritent laissant place à un discours ironique : Utiliser la politique comme un levier pour accéder à la mobilité sociale à travers l’enrichissement personnel. Nombreux sont les citoyens engagés qui se posent des questions. L’Etat peut-il faire reculer le patrimonialisme, le clientélisme ou le népotisme ? La corruption va-t-elle assimiler totalement la sphère politique et la sphère marchande et les intérêts privés vont-ils étouffer l’intérêt public ?

Propos recueillis par Madhu Ramlallah

 Mauritius Times : ‘State House Connection : Documents compromettants’; ‘Dewdanee, Biscuits… Le MSM prépare la riposte’; ‘Abus de médicaments : L’Adsu enquête sur un nouveau trafic’… voilà quelques titres de presse parus ces derniers jours. Pas très réjouissant, n’est-ce pas ? Pouvez-vous nous parler de l’image de notre société que cela reflète ?
Dr Catherine Boudet : L’image… C’est une obsession. Cette notion d’«image» du pays.

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Catherine Boudet : « L’éthique ça s’apprend, par des exemples »

La passation de Pouvoir entre Aneerood Jugnauth et Pravind Jugnauth peut être légale, mais est-ce éthique et moral ? Quelle est la définition de ces deux termes ? En quoi peuvent-ils être en conflit avec la loi ? la politique, l’éthique et la morale sont-elles incompatibles , Comment  est-ce que les   politiciens conjuguent ces trois termes ? Notre dossier tente d’y répondre.

Entre légal, éthique et moral…

Une  ignorance  de  ce  qu’est  l’éthique.  La  morale   et   le   droit   d’un  côté, une perversion du système de l’autre. Voilà la vision de la politique actuelle par Catherine Boudet, politologue. Allons plus loin…
Propos recueillis par Nadia Hilaire

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Catherine Boudet : « Il faut des institutions supérieures indépendantes »

Catherine Boudet

La société civile s’élève contre le projet de Prosecution Commission. Grâce à un développement politique inattendu, le projet de loi que voulait faire passer le gouvernement pour la mise sur pied d’une Prosecution Commission n’a pu être adopté. La société civile, dès l’annonce de ce projet de loi, s’était mobilisée et des rencontres tous azimuts ont eu lieu pour organiser la riposte. Selon la politologue Catherine Boudet, il est impératif que l’accountability des institutions et des personnes ayant en charge de la République se fasse envers des institutions supérieures qui les chapeautent de façon égalitaire et impartiale.

Catherine Boudet : « Il faut des institutions supérieures indépendantes »

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Catherine Boudet : « Maurice est une société qui ne respecte pas les plus faibles »

Catherine Boudet, politologue, passe en revue le fond des problèmes qui minent la société mauricienne. On tourne en rond depuis l’époque coloniale. L’élite ne veut jamais lâcher prise. Personne ne se méprend sur la corruption dans toutes ses formes mais personne ne veut changer le système en place. A qui la faute ? Aux politiques ? A la population ?

Propos recueillis par Madhu Ramlallah

 Mauritius Times : On se plaît à dire qu’il fait bon vivre à Maurice, une île qui ne connaît pas la violence sur une grande échelle – ni la guerre ni les émeutes, sinon c’est très rare qu’une émeute vienne déranger la paix publique, ni même les actes de terrorisme, du moins jusqu’ici. Cependant les titres de la presse ces derniers temps reflètent certains aspects d’une société qui semble en train de perdre ses valeurs et qui se fragilise… Que devient notre société, selon vous ? Est-ce dans le cours normal des choses ?
Dr Catherine Boudet : D’après le classement 2015 du Global Peace Index, Maurice figure en effet parmi les dix pays les plus pacifiques au monde. Certes, nous avons la chance d’être épargnés par la violence à grande échelle et de n’avoir connu ni guerre, ni génocide. Quant à l’attaque contre l’ambassade de France le 30 mai dernier, cela ressemblait plutôt à de la délinquance déguisée en terrorisme. Toutefois, Maurice n’est pas exempte de violence et c’est une violence d’un type particulier, je dois dire. C’est une société qui exerce la violence contre elle-même comme un exutoire.

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Ecrire en situation mauricienne (3) : Déjouer l’interculturel stérilisant

Le « communalisme » mauricien, cloisonnement entre communautés ethniques en compétition, est souvent décrié pour ses  effets clivants et stérilisants, y compris sur la littérature, éclatée en « autant de territoires de pouvoirs en partage » (Magdelaine, 2004 : 142). Mais contre toute attente, le communalisme ne serait-il pas aussi un mode de pensée spécifiquement mauricien, producteur de formes de créativité permettant la négociation entre ces territoires en partage ? (suite…)