Esotérique du Guerrier de la Lumière

Depuis Paolo Coelho, le concept de « guerrier de la lumière », souvent utilisé par les activistes, a été galvaudé et, plus grave, appauvri de sa profondeur ésotérique. Pourtant, aucune de ses deux connotations, politique et spirituelle, n’en enlève à l’autre. Dans la jonction des deux se joue au contraire ce qu’Hannah Arendt a appelé le « renversement de la hiérarchie traditionnelle entre contemplation et action ».

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Catherine Boudet : « Tout ce cinéma autour des affaires de corruption alléguée est une insulte à la démocratie »

Le Parlement Populaire a été récemment introduit à Maurice. Membre très active de cette structure, et cheville ouvrière de nombreux chantiers, Catherine Boudet explique l’importance de la délibération démocratique pour l’épanouissement du citoyen mauricien. Dans ce sillage, elle aborde les faiblesses de notre démocratie et considère les éléments qui fragilisent notre système politique, et par ricochet, la République de Maurice

Propos recueillis par Madhu Ramlallah
 
Mauritius Times : Le Parlement Populaire s’est engagé dans des débats-discussions, depuis plusieurs mois déjà, sur un certain nombre de sujets affectant notre société. D’ailleurs, la prochaine séance s’articulera autour d’un débat sur le problème de la corruption à Maurice. Il y a déjà d’autres forums ou plates-formes de discussions qui s’expriment également sur de tels sujets. Qu’anticipez-vous en termes de résultats concrets de toutes ces discussions ?

Catherine Boudet : Avant tout, il convient de préciser que ce ne sont pas des « discussions ». Le Parlement Populaire, comme son nom l’indique, fonctionne suivant la méthodologie de la démocratie délibérative. Les plates-formes de la société civile font du whistle-blowing, pour défendre des causes, sur le mode de la contestation. Cela se fait déjà très bien, mais ce n’est pas suffisant. Il n’y avait donc pas nécessité de dupliquer ces méthodes. La démocratie délibérative, telle qu’elle est apportée par le Parlement Populaire, est inédite à Maurice.

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Le Parlement Populaire ou la « démocratisation de la démocratie »

« That the struggle for universal suffrage was so long and so difficult is often forgotten today ; it is unlikely that the democratization of democracy is going to be any easier » (Carole Pateman).

À Maurice, comme dans d’autres pays qui ont mis en place des processus de démocratie directe (Estonie, Brésil, Australie…), la demande en faveur d’un Parlement Populaire est partie de revendications pour une meilleure prise en compte des voix citoyennes dans les processus de prise de décision politique qui engagent l’avenir du pays – une composante indispensable de la bonne gouvernance.

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Manifeste pour l’émergence d’architectures mentales alternatives

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Le poète, « enfanteur » de formes en devenir, est responsable du renouvellement des architectures mentales de la société dans laquelle il évolue. Dans la situation insulaire postcoloniale de l’île Maurice, où 250 ans de colonisation ont donné lieu à des schémas de pensée durablement externalisés, la formation d’une épistémê endogène est un enjeu de taille.
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Ecrire en situation mauricienne (2) : Manifeste pour l’émergence d’architectures mentales alternatives

Le poète, « enfanteur » de formes en devenir, est responsable du renouvellement des architectures mentales de la société dans laquelle il évolue. Dans la situation insulaire postcoloniale de l’île Maurice, où 250 ans de colonisation ont donné lieu à des schémas de pensée durablement externalisés, la formation d’une épistémê endogène est un enjeu de taille pour soutenir une démarche ontologique. La piste d’une « herméneutique créatrice » est ici proposée … (suite…)

Catherine Boudet : « Le Parlement populaire valorisera la voix du peuple »

Opérationnel depuis le 14 mars dernier, le Parlement populaire est un nouvel espace de débats qui vise à renforcer la démocratie à Maurice. Catherine Boudet, une des fondatrices de ce concept, nous en parle avec passion. 

Propos recueillis par Mélanie Valère
 
> Comment est venue l’idée du Parlement populaire et pourquoi ?
C’était dans l’air depuis assez longtemps. À l’origine, il était question d’un « parlement parallèle », issu de la pensée de Jack Bizlall, penseur politique qui a fourni de nombreuses propositions intéressantes pour l’avenir de notre démocratie. L’initiative de ce parlement du peuple revient à Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo, qui m’ont confié le projet. J’ai immédiatement accepté, car j’ai un grand respect pour ces deux citoyens. Ils sont d’un dévouement extraordinaire pour leur pays et le petit peuple. Depuis plus de 15 ans, en tant que politologue, j’ai effectué des recherches de haut niveau, sur le système politique mauricien. C’est l’occasion de mettre au service de la population mauricienne les outils dont je dispose. Dans la situation d’enlisement où le pays se trouve, il était urgent de réinventer de nouvelles pratiques politiques, surtout pour ‘empower’ le peuple. Par contre, j’ai écarté d’emblée l’idée de parlement « parallèle », car il n’est nullement question de remplacer l’État. Au contraire : il s’agit de rendre l’État davantage redevable ( ‘accountable’) envers ses citoyens.

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Parlement Populaire, ki été sa ?

Depuis le 14 mars dernier, l’île Maurice est dotée de son Parlement pour le peuple. Dans le sillage de la présentation du Budget ce 23 mars 2015, le Parlement Populaire tiendra sa première séance ce samedi 29 mars à Rose-Hill. Le Parlement Populaire est une initiative citoyenne qui propose aux citoyens mauriciens un espace public de débat et de discussion sur les projets de loi et sur les thèmes qui les concernent. .

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Un néopatrimonialisme à la Mauricienne

Des sommes vertigineuses dans des coffres-forts et de possibles ramifications à l’étranger. La découverte par la police chez un ex-Premier ministre de plus de Rs 220 millions en coupures diverses (l’équivalent De plus de 125 ans de salaire d’un Premier ministre) avec les inculpations provisoires pour blanchiment d’argent, puis les multiples rebondissements et dommage collatéraux qui en découlent, ont eu de quoi frapper les esprits.

La corruption, que l’on peut définir comme l’abus de positions de pouvoir à des fins d’intérêts privés, repose nécessairement, surtout quand elle fonctionne à grande échelle, sur le favoritisme et sur la clandestinité, puisqu’il s’agit d’échanges illégaux. Non seulement il y a échange de faveurs, mais en plus, les protagonistes de la transaction corrompue doivent se protéger mutuellement contre toute sanction légale puisque si l’un tombe, l’autre risque de tomber aussi. Il y  a ainsi une inversion, voire une perversion qui s’est produite dans le fonctionnement des institutions. (suite…)

« Ramgoolamgate » ou le triangle noir de la corruption

Des sommes vertigineuses dans des coffres-forts et de possibles ramifications à l’étranger. La découverte par la police chez un ex-Premier ministre de plus de Rs 220 millions en coupures diverses (l’équivalent De plus de 125 ans de salaire d’un Premier ministre) avec les inculpations provisoires pour blanchiment d’argent, puis les multiples rebondissements et dommage collatéraux qui en découlent, ont eu de quoi frapper les esprits.

Mais, moins qu’une surprise, le « Ramgoolamgate » est plutôt une stupéfiante confirmation, un symbole de l’état avancé de corruption dans lequel le pays s’était enfoncé dernièrement. C’est d’ailleurs ce niveau de gabegie que l’électorat mauricien a sanctionné aux législatives de décembre dernier.  (suite…)

Catherine Boudet : « Ce scrutin est venu sanctionner le népotisme outrancier »

« L’Alliance Lepep a tablé sur une mesure populaire, voire populiste : l’augmentation de la pension de vieillesse ». C’est une des raisons que met de l’avant la journaliste et politologue Catherine Boudet, pour expliquer la victoire de l’Alliance Lepep aux législatives de décembre 2015.

Propos recueillis par Pradeep Kumar Daby
 
Quels enseignements peut-on tirer du scrutin de 10 décembre dernier, avec encore une fois la forte domination des deux blocs traditionnels recomposés ?
La domination de deux alliances recomposées se faisant face est une tradition politique mauricienne voulue par le mode de scrutin. Mais ces élections étaient révélatrices de nouvelles tendances : le refus du fatalisme envers la corruption et une demande en faveur d’un renouvellement des élites politiques, venant d’un électorat de plus en plus conscientisé sur ses droits politiques et sociaux. Ces demandes ont largement été portées par les partis dits émergents ou alternatifs, et largement relayées par les médias, si bien que les grands blocs n’ont eu d’autre choix que de s’aligner.L’Alliance Lepep a capitalisé sur ces nouvelles exigences. Elle a su manier les nouvelles technologies et les réseaux sociaux, proposer une équipe renforcée en termes de nouvelles têtes et de nouvelles compétences. Ce, en conservant une bonne part des pratiques du système existant (alliance d’intérêt entre anciens de l’appareil politique, discours sur l’unité, etc.). L’Alliance Lepep effectuait ainsi une synthèse entre ces nouvelles demandes et pratiques venues de l’espace social, et les pratiques traditionnelles de l’espace politique. Les urnes, en validant cette stratégie, se sont avérées être le principal médiateur du changement politique à Maurice, dans un pays devenu allergique aux mobilisations de masse.

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