Le Parlement Populaire ou la « démocratisation de la démocratie »

« That the struggle for universal suffrage was so long and so difficult is often forgotten today ; it is unlikely that the democratization of democracy is going to be any easier » (Carole Pateman).

À Maurice, comme dans d’autres pays qui ont mis en place des processus de démocratie directe (Estonie, Brésil, Australie…), la demande en faveur d’un Parlement Populaire est partie de revendications pour une meilleure prise en compte des voix citoyennes dans les processus de prise de décision politique qui engagent l’avenir du pays – une composante indispensable de la bonne gouvernance.

(suite…)

Manifeste pour l’émergence d’architectures mentales alternatives

forum_24_july_2015
Le poète, « enfanteur » de formes en devenir, est responsable du renouvellement des architectures mentales de la société dans laquelle il évolue. Dans la situation insulaire postcoloniale de l’île Maurice, où 250 ans de colonisation ont donné lieu à des schémas de pensée durablement externalisés, la formation d’une épistémê endogène est un enjeu de taille.
(suite…)

Ecrire en situation mauricienne (2) : Manifeste pour l’émergence d’architectures mentales alternatives

Le poète, « enfanteur » de formes en devenir, est responsable du renouvellement des architectures mentales de la société dans laquelle il évolue. Dans la situation insulaire postcoloniale de l’île Maurice, où 250 ans de colonisation ont donné lieu à des schémas de pensée durablement externalisés, la formation d’une épistémê endogène est un enjeu de taille pour soutenir une démarche ontologique. La piste d’une « herméneutique créatrice » est ici proposée … (suite…)

Catherine Boudet : « Le Parlement populaire valorisera la voix du peuple »

Opérationnel depuis le 14 mars dernier, le Parlement populaire est un nouvel espace de débats qui vise à renforcer la démocratie à Maurice. Catherine Boudet, une des fondatrices de ce concept, nous en parle avec passion. 

Propos recueillis par Mélanie Valère
 
> Comment est venue l’idée du Parlement populaire et pourquoi ?
C’était dans l’air depuis assez longtemps. À l’origine, il était question d’un « parlement parallèle », issu de la pensée de Jack Bizlall, penseur politique qui a fourni de nombreuses propositions intéressantes pour l’avenir de notre démocratie. L’initiative de ce parlement du peuple revient à Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo, qui m’ont confié le projet. J’ai immédiatement accepté, car j’ai un grand respect pour ces deux citoyens. Ils sont d’un dévouement extraordinaire pour leur pays et le petit peuple. Depuis plus de 15 ans, en tant que politologue, j’ai effectué des recherches de haut niveau, sur le système politique mauricien. C’est l’occasion de mettre au service de la population mauricienne les outils dont je dispose. Dans la situation d’enlisement où le pays se trouve, il était urgent de réinventer de nouvelles pratiques politiques, surtout pour ‘empower’ le peuple. Par contre, j’ai écarté d’emblée l’idée de parlement « parallèle », car il n’est nullement question de remplacer l’État. Au contraire : il s’agit de rendre l’État davantage redevable ( ‘accountable’) envers ses citoyens.

(suite…)

Parlement Populaire, ki été sa ?

Depuis le 14 mars dernier, l’île Maurice est dotée de son Parlement pour le peuple. Dans le sillage de la présentation du Budget ce 23 mars 2015, le Parlement Populaire tiendra sa première séance ce samedi 29 mars à Rose-Hill. Le Parlement Populaire est une initiative citoyenne qui propose aux citoyens mauriciens un espace public de débat et de discussion sur les projets de loi et sur les thèmes qui les concernent. .

(suite…)

Un néopatrimonialisme à la Mauricienne

Des sommes vertigineuses dans des coffres-forts et de possibles ramifications à l’étranger. La découverte par la police chez un ex-Premier ministre de plus de Rs 220 millions en coupures diverses (l’équivalent De plus de 125 ans de salaire d’un Premier ministre) avec les inculpations provisoires pour blanchiment d’argent, puis les multiples rebondissements et dommage collatéraux qui en découlent, ont eu de quoi frapper les esprits.

La corruption, que l’on peut définir comme l’abus de positions de pouvoir à des fins d’intérêts privés, repose nécessairement, surtout quand elle fonctionne à grande échelle, sur le favoritisme et sur la clandestinité, puisqu’il s’agit d’échanges illégaux. Non seulement il y a échange de faveurs, mais en plus, les protagonistes de la transaction corrompue doivent se protéger mutuellement contre toute sanction légale puisque si l’un tombe, l’autre risque de tomber aussi. Il y  a ainsi une inversion, voire une perversion qui s’est produite dans le fonctionnement des institutions. (suite…)

« Ramgoolamgate » ou le triangle noir de la corruption

Des sommes vertigineuses dans des coffres-forts et de possibles ramifications à l’étranger. La découverte par la police chez un ex-Premier ministre de plus de Rs 220 millions en coupures diverses (l’équivalent De plus de 125 ans de salaire d’un Premier ministre) avec les inculpations provisoires pour blanchiment d’argent, puis les multiples rebondissements et dommage collatéraux qui en découlent, ont eu de quoi frapper les esprits.

Mais, moins qu’une surprise, le « Ramgoolamgate » est plutôt une stupéfiante confirmation, un symbole de l’état avancé de corruption dans lequel le pays s’était enfoncé dernièrement. C’est d’ailleurs ce niveau de gabegie que l’électorat mauricien a sanctionné aux législatives de décembre dernier.  (suite…)

Catherine Boudet : « Ce scrutin est venu sanctionner le népotisme outrancier »

« L’Alliance Lepep a tablé sur une mesure populaire, voire populiste : l’augmentation de la pension de vieillesse ». C’est une des raisons que met de l’avant la journaliste et politologue Catherine Boudet, pour expliquer la victoire de l’Alliance Lepep aux législatives de décembre 2015.

Propos recueillis par Pradeep Kumar Daby
 
Quels enseignements peut-on tirer du scrutin de 10 décembre dernier, avec encore une fois la forte domination des deux blocs traditionnels recomposés ?
La domination de deux alliances recomposées se faisant face est une tradition politique mauricienne voulue par le mode de scrutin. Mais ces élections étaient révélatrices de nouvelles tendances : le refus du fatalisme envers la corruption et une demande en faveur d’un renouvellement des élites politiques, venant d’un électorat de plus en plus conscientisé sur ses droits politiques et sociaux. Ces demandes ont largement été portées par les partis dits émergents ou alternatifs, et largement relayées par les médias, si bien que les grands blocs n’ont eu d’autre choix que de s’aligner.L’Alliance Lepep a capitalisé sur ces nouvelles exigences. Elle a su manier les nouvelles technologies et les réseaux sociaux, proposer une équipe renforcée en termes de nouvelles têtes et de nouvelles compétences. Ce, en conservant une bonne part des pratiques du système existant (alliance d’intérêt entre anciens de l’appareil politique, discours sur l’unité, etc.). L’Alliance Lepep effectuait ainsi une synthèse entre ces nouvelles demandes et pratiques venues de l’espace social, et les pratiques traditionnelles de l’espace politique. Les urnes, en validant cette stratégie, se sont avérées être le principal médiateur du changement politique à Maurice, dans un pays devenu allergique aux mobilisations de masse.

(suite…)

Catherine Boudet : « C’est plus difficile d’être candidat indépendant par conviction »

Chaque scrutin national attire son lot de candidats indépendants. Celui du 10 décembre prochain ne fera pas exception. Même si à ce jour, aucun indépendant n’a été élu. Qu’est-ce qui les motive à briguer les suffrages et qu’apporteront-ils de nouveau ? 

Propos recueillis par Kinsley David
 
> Compte tenu du contexte politique actuel, les candidats indépendants ont-ils une chance de faire mieux que les précédents en termes de score ?
Du point de vue du contexte, possiblement certains électeurs déçus des politiciens actuels et des blocs politiques choisiront de reporter leurs votes vers des candidats alternatifs, mais rien ne dit que les indépendants auront leurs faveurs plus que les partis émergents. D’ailleurs, les candidats indépendants n’ont pratiquement aucune chance au regard du système actuel. Dans le système électoral que nous avons à Maurice, que l’on appelle « 3-first-past-the-post », et que l’on peut aussi qualifier de scrutin majoritaire à un tour, les candidats qui arrivent en tête (trois par circonscription en l’occurrence) sont élus au premier tour.Ce type de scrutin est fait pour dégager des fortes majorités au Parlement, en d’autres termes pour favoriser le parti majoritaire, au détriment de la minorité qui sera sous-représentée. Un tel système pousse donc aux alliances entre grands partis, incontournables dans la conquête du pouvoir en raison même du mode de scrutin. Il s’agit d’un calcul mathématique. En résumé, notre système électoral confisque les chances des candidats indépendants dès le départ. De ce fait, être candidat indépendant, c’est généralement une situation transitoire, parce qu’on vient de quitter un parti ou un bloc, en attendant d’en rejoindre un autre. C’est plus difficile d’être candidat indépendant par conviction.

(suite…)

MLP-MMM Second Republic project: the strange transplant of a semi-presidential regime “à la française”

The project of Second Republic issued on the 19th of September 2014 as part of the “Electoral Alliance Agreement between the MLP and the MMM” draws its inspiration from a semi-presidential regime “à la française”. However, as we will see, it gives rise to a selective interpretation of such a system, focusing on measures that can increase the powers of the President, at the expense of mechanisms, which guarantee the balance of powers.

One major change proposed by the MLP-MMM project, which would bring the Mauritian political system closer to the French one, lies in the introduction of the universal suffrage to designate the President of the Republic. (suite…)