société civile mauricienne

Catherine Boudet, du Parlement Populaire : « Nous avons basculé dans l’état d’urgence »

L’arrestation d’Ish Sookun et de Kishan Sooklall serait arbitraire, selon les animateurs du Parlement Populaire, qui s’activent sur les réseaux sociaux pour défendre les deux jeunes interpellés pour envoi d’un courriel contenant des menaces terroristes. Pourquoi ce soutien indéfectible ? Catherine Boudet, docteur en science politique et animatrice du Parlement Populaire, l’explique. 

Propos recueillis par Radha Rengasamy-Jean-Louis
 
N’est-il pas risqué, de nos jours, de jurer de l’innocence d’une personne sur les réseaux sociaux ou dans une lettre aux médias ?
Dès le dimanche 23 janvier, dans le sillage de l’arrestation d’Ish Sookun et de sa comparution en cour, j’ai pris la responsabilité de publier un communiqué urgent de soutien. Une personne est innocente tant qu’elle n’est pas reconnue coupable par un tribunal. Or, Maurice est l’un des rares pays au monde où la police, en vertu d’une loi à relents coloniaux, peut arrêter et incarcérer des citoyens sur une simple allégation, une « reasonable suspicion ». En l’absence de prima facie evidence produite en cour contre Ish Sookun et Kishan Sooklall, il est clair que nous sommes face à une arrestation arbitraire..

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Le Parlement Populaire ou la « démocratisation de la démocratie »

« That the struggle for universal suffrage was so long and so difficult is often forgotten today ; it is unlikely that the democratization of democracy is going to be any easier » (Carole Pateman).

À Maurice, comme dans d’autres pays qui ont mis en place des processus de démocratie directe (Estonie, Brésil, Australie…), la demande en faveur d’un Parlement Populaire est partie de revendications pour une meilleure prise en compte des voix citoyennes dans les processus de prise de décision politique qui engagent l’avenir du pays – une composante indispensable de la bonne gouvernance.

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Catherine Boudet : « Le Parlement populaire valorisera la voix du peuple »

Opérationnel depuis le 14 mars dernier, le Parlement populaire est un nouvel espace de débats qui vise à renforcer la démocratie à Maurice. Catherine Boudet, une des fondatrices de ce concept, nous en parle avec passion. 

Propos recueillis par Mélanie Valère
 
> Comment est venue l’idée du Parlement populaire et pourquoi ?
C’était dans l’air depuis assez longtemps. À l’origine, il était question d’un « parlement parallèle », issu de la pensée de Jack Bizlall, penseur politique qui a fourni de nombreuses propositions intéressantes pour l’avenir de notre démocratie. L’initiative de ce parlement du peuple revient à Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo, qui m’ont confié le projet. J’ai immédiatement accepté, car j’ai un grand respect pour ces deux citoyens. Ils sont d’un dévouement extraordinaire pour leur pays et le petit peuple. Depuis plus de 15 ans, en tant que politologue, j’ai effectué des recherches de haut niveau, sur le système politique mauricien. C’est l’occasion de mettre au service de la population mauricienne les outils dont je dispose. Dans la situation d’enlisement où le pays se trouve, il était urgent de réinventer de nouvelles pratiques politiques, surtout pour ‘empower’ le peuple. Par contre, j’ai écarté d’emblée l’idée de parlement « parallèle », car il n’est nullement question de remplacer l’État. Au contraire : il s’agit de rendre l’État davantage redevable ( ‘accountable’) envers ses citoyens.

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Société civile et politique : le dialogue de sourds

Les membres de la société civile débattent. Les politiciens aussi. Mais sans un échange entre les deux, il ne peut y avoir de véritable dialogue démocratique.

En annonçant l’ouverture de la campagne électorale, le Premier ministre appelait dans son discours du 31 mars à un grand débat démocratique. Un tel débat à ce stade est-il possible et à quelles conditions ?

Retrouvez la suite de cet article dans Pages mauriciennes. Chroniques journalistiques de l’île Maurice, Edilivre, 2013.

Pourquoi les Mauriciens ne se mobilisent pas

Les manifestations se multiplient dans le pays, mais les Mauriciens ne semblent pas y adhérer en masse. Dans un pays où l’action sociale est souvent politisée, la population se méfie de ceux qui disent œuvrer pour le bien commun.

Lois du travail, incinérateur, sales by levy… Les mouvements de protestation se multiplient. Pourtant, il reste difficile de mobiliser l’ensemble des Mauriciens autour de causes d’intérêt collectif. Un rapport de Strengthening the NGOs sector in Mauritius (SNSM), réalisé en 2007 sous l’égide du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD), souligne d’ailleurs que « the public perception of non-governmental organizations is currently not very supportive ». (…)

l’express du 24 juillet 2009

Retrouvez la suite de cet article dans Pages mauriciennes. Chroniques journalistiques de l’île Maurice, Edilivre, 2013.