Interviews

Interviews des acteurs de la scène politique et de la société civile mauricienne

Catherine Boudet : « La police a eu peur de l’opinion publique »

Il faut un code d’éthique pour les politiciens, les journalistes, mais aussi pour les citoyens. C’est ce que soutient la journaliste et politologue Catherine Boudet. « On ne peut pas exiger qu’un politicien se comporte d’une façon honorable si le citoyen lui-même se comporte de façon vulgaire », dit-elle, en dénonçant, par la même occasion, les différences de traitement dans plusieurs cas…

Propos recueillis par Zahirah Radha 

Q : Perquisitions aux domiciles des journalistes, défilés de ces derniers aux Casernes centrales, attaques répétitives des parlementaires du gouvernement, dont le Premier ministre lui-même, contre la presse, celle-ci est-elle plus que jamais la bête noire de ceux qui sont au pouvoir ?
R : Je dirais une bête noire bien pratique. On sait qu’il y a un rapport de forces entre la presse et le pouvoir. Mais il y a aussi, par moment, un rapport d’intérêts. Il ne faut pas oublier que le pouvoir a besoin de la presse pour véhiculer ses messages, par exemple.

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Catherine Boudet : « Une rencontre en catimini alors que la presse est aux aguets, c’est tout de même un drôle de catimini, non ? »

Trafic de drogue : En 1988, lors de la Convention des Nations Unies contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes, les parties expriment leurs craintes face à la prolifération de ce fléau. C’est une menace grave pour le bien-être des individus et cela entraîne aussi des effets néfastes sur les fondements économiques, culturels et politiques de la société. Tous les dix ans, les Nations Unies adoptent de nouveaux traités internationaux sur la criminalisation et les sanctions. Les Etats-membres, eux, conçoivent des systèmes de contrôle pour lutter contre les problèmes de drogue localement. Mais les stratégies efficaces de lutte sont coûteuses tandis que les réseaux de trafiquants continuent d’alimenter ce commerce extrêmement profitable. La corruption des gouvernements, des forces policières et des institutions s’étend aux quatre coins de la planète. La guerre contre ce crime organisé est difficile. Catherine Boudet nous en parle. 

Propos recueillis par Madhu Ramlallah
 
Mauritius Times : Si ce n’est pas une affaire de crime, c’est souvent une bourbe ou une menace ministérielle ou même une dénonciation ou un aveu devant la commission d’enquête sur le trafic de drogue qui nous choque semaine après semaine depuis un bon bout de temps. Il y a une autre île Maurice – une nouvelle, celle-là — qui se cache, paraît-il, derrière les images de nos cartes postales. Qu’en pensez-vous ?
Catherine Boudet : C’est vrai que l’actualité politique de cette année 2017 est particulièrement chargée en scandales politiques, sous formes de leaks, de dénonciations ou de révélations. Et c’est vrai que dernièrement, avec les travaux de la commission contre la drogue, ces révélations prennent une nouvelle tournure, plus choquante. Mais en fait, ce sont des secrets de polichinelle qui sont révélés au grand jour.

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Catherine Boudet : « L’achat de votes et le bribe ont atteint des sommets records lors des dernières élections… »

Dans la République de Maurice, l’ampleur de la corruption d’un gouvernement à l’autre démontre qu’il existe des hommes et des femmes disponibles et prêts pour ce type d’échange social. De plus en plus, les valeurs s’effritent laissant place à un discours ironique : Utiliser la politique comme un levier pour accéder à la mobilité sociale à travers l’enrichissement personnel. Nombreux sont les citoyens engagés qui se posent des questions. L’Etat peut-il faire reculer le patrimonialisme, le clientélisme ou le népotisme ? La corruption va-t-elle assimiler totalement la sphère politique et la sphère marchande et les intérêts privés vont-ils étouffer l’intérêt public ?

Propos recueillis par Madhu Ramlallah

 Mauritius Times : ‘State House Connection : Documents compromettants’; ‘Dewdanee, Biscuits… Le MSM prépare la riposte’; ‘Abus de médicaments : L’Adsu enquête sur un nouveau trafic’… voilà quelques titres de presse parus ces derniers jours. Pas très réjouissant, n’est-ce pas ? Pouvez-vous nous parler de l’image de notre société que cela reflète ?
Dr Catherine Boudet : L’image… C’est une obsession. Cette notion d’«image» du pays.

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Catherine Boudet : « L’éthique ça s’apprend, par des exemples »

La passation de Pouvoir entre Aneerood Jugnauth et Pravind Jugnauth peut être légale, mais est-ce éthique et moral ? Quelle est la définition de ces deux termes ? En quoi peuvent-ils être en conflit avec la loi ? la politique, l’éthique et la morale sont-elles incompatibles , Comment  est-ce que les   politiciens conjuguent ces trois termes ? Notre dossier tente d’y répondre.

Entre légal, éthique et moral…

Une  ignorance  de  ce  qu’est  l’éthique.  La  morale   et   le   droit   d’un  côté, une perversion du système de l’autre. Voilà la vision de la politique actuelle par Catherine Boudet, politologue. Allons plus loin…
Propos recueillis par Nadia Hilaire

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Catherine Boudet : « Il faut des institutions supérieures indépendantes »

Catherine Boudet

La société civile s’élève contre le projet de Prosecution Commission. Grâce à un développement politique inattendu, le projet de loi que voulait faire passer le gouvernement pour la mise sur pied d’une Prosecution Commission n’a pu être adopté. La société civile, dès l’annonce de ce projet de loi, s’était mobilisée et des rencontres tous azimuts ont eu lieu pour organiser la riposte. Selon la politologue Catherine Boudet, il est impératif que l’accountability des institutions et des personnes ayant en charge de la République se fasse envers des institutions supérieures qui les chapeautent de façon égalitaire et impartiale.

Catherine Boudet : « Il faut des institutions supérieures indépendantes »

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Catherine Boudet : « Maurice est une société qui ne respecte pas les plus faibles »

Catherine Boudet, politologue, passe en revue le fond des problèmes qui minent la société mauricienne. On tourne en rond depuis l’époque coloniale. L’élite ne veut jamais lâcher prise. Personne ne se méprend sur la corruption dans toutes ses formes mais personne ne veut changer le système en place. A qui la faute ? Aux politiques ? A la population ?

Propos recueillis par Madhu Ramlallah

 Mauritius Times : On se plaît à dire qu’il fait bon vivre à Maurice, une île qui ne connaît pas la violence sur une grande échelle – ni la guerre ni les émeutes, sinon c’est très rare qu’une émeute vienne déranger la paix publique, ni même les actes de terrorisme, du moins jusqu’ici. Cependant les titres de la presse ces derniers temps reflètent certains aspects d’une société qui semble en train de perdre ses valeurs et qui se fragilise… Que devient notre société, selon vous ? Est-ce dans le cours normal des choses ?
Dr Catherine Boudet : D’après le classement 2015 du Global Peace Index, Maurice figure en effet parmi les dix pays les plus pacifiques au monde. Certes, nous avons la chance d’être épargnés par la violence à grande échelle et de n’avoir connu ni guerre, ni génocide. Quant à l’attaque contre l’ambassade de France le 30 mai dernier, cela ressemblait plutôt à de la délinquance déguisée en terrorisme. Toutefois, Maurice n’est pas exempte de violence et c’est une violence d’un type particulier, je dois dire. C’est une société qui exerce la violence contre elle-même comme un exutoire.

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Catherine Boudet, du Parlement Populaire : « Nous avons basculé dans l’état d’urgence »

L’arrestation d’Ish Sookun et de Kishan Sooklall serait arbitraire, selon les animateurs du Parlement Populaire, qui s’activent sur les réseaux sociaux pour défendre les deux jeunes interpellés pour envoi d’un courriel contenant des menaces terroristes. Pourquoi ce soutien indéfectible ? Catherine Boudet, docteur en science politique et animatrice du Parlement Populaire, l’explique. 

Propos recueillis par Radha Rengasamy-Jean-Louis
 
N’est-il pas risqué, de nos jours, de jurer de l’innocence d’une personne sur les réseaux sociaux ou dans une lettre aux médias ?
Dès le dimanche 23 janvier, dans le sillage de l’arrestation d’Ish Sookun et de sa comparution en cour, j’ai pris la responsabilité de publier un communiqué urgent de soutien. Une personne est innocente tant qu’elle n’est pas reconnue coupable par un tribunal. Or, Maurice est l’un des rares pays au monde où la police, en vertu d’une loi à relents coloniaux, peut arrêter et incarcérer des citoyens sur une simple allégation, une « reasonable suspicion ». En l’absence de prima facie evidence produite en cour contre Ish Sookun et Kishan Sooklall, il est clair que nous sommes face à une arrestation arbitraire..

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Catherine Boudet : « Tous ceux qui auraient quelque chose à se reprocher pourront trouver les moyens de se protéger de la loi Badain »

Législations, projets de loi et amendements : Le Parlement Populaire a fait une analyse critique de ce qui a été proposé par le ministre Badain et continue sur cette lancée. En quoi est-ce que cela représente une nouveauté pour la société civile ou encore une avancée de la démocratie participative ? Catherine Boudet, journaliste et politologue, répond à nos questions.. 

Propos recueillis par Madhu Ramlallah
 
Mauritius Times : La réouverture de l’enquête Gorah Issac a relégué au second plan le ‘Good Governance and Integrity Reporting Bill’, mais certaines dispositions de ce projet de loi et l’amendement constitutionnel qui va remettre en question le principe de la présomption d’innocence soulèvent toujours beaucoup de questions et même des inquiétudes dans différents milieux. A ce stade, on ne connaît pas non plus les amendements qui seront proposés. Or, on nous affirme que « si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’avez pas à avoir peur de cette loi ». A votre avis, cette loi est-elle dangereuse et pourquoi est-il important de se renseigner à son sujet ?

Catherine Boudet : A mon avis, et c’est aussi l’avis des participants du Parlement Populaire qui ont travaillé sur ce projet de loi pour produire le document de position du Parlement Populaire sur le Good Governance and Integrity Reporting Bill, ce projet de loi est effectivement dangereux, pour plusieurs raisons…

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Catherine Boudet : « Tout ce cinéma autour des affaires de corruption alléguée est une insulte à la démocratie »

Le Parlement Populaire a été récemment introduit à Maurice. Membre très active de cette structure, et cheville ouvrière de nombreux chantiers, Catherine Boudet explique l’importance de la délibération démocratique pour l’épanouissement du citoyen mauricien. Dans ce sillage, elle aborde les faiblesses de notre démocratie et considère les éléments qui fragilisent notre système politique, et par ricochet, la République de Maurice

Propos recueillis par Madhu Ramlallah
 
Mauritius Times : Le Parlement Populaire s’est engagé dans des débats-discussions, depuis plusieurs mois déjà, sur un certain nombre de sujets affectant notre société. D’ailleurs, la prochaine séance s’articulera autour d’un débat sur le problème de la corruption à Maurice. Il y a déjà d’autres forums ou plates-formes de discussions qui s’expriment également sur de tels sujets. Qu’anticipez-vous en termes de résultats concrets de toutes ces discussions ?

Catherine Boudet : Avant tout, il convient de préciser que ce ne sont pas des « discussions ». Le Parlement Populaire, comme son nom l’indique, fonctionne suivant la méthodologie de la démocratie délibérative. Les plates-formes de la société civile font du whistle-blowing, pour défendre des causes, sur le mode de la contestation. Cela se fait déjà très bien, mais ce n’est pas suffisant. Il n’y avait donc pas nécessité de dupliquer ces méthodes. La démocratie délibérative, telle qu’elle est apportée par le Parlement Populaire, est inédite à Maurice.

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