Catherine Boudet : « Le Parlement populaire valorisera la voix du peuple »

Opérationnel depuis le 14 mars dernier, le Parlement populaire est un nouvel espace de débats qui vise à renforcer la démocratie à Maurice. Catherine Boudet, une des fondatrices de ce concept, nous en parle avec passion. 

Propos recueillis par Mélanie Valère
 
> Comment est venue l’idée du Parlement populaire et pourquoi ?
C’était dans l’air depuis assez longtemps. À l’origine, il était question d’un « parlement parallèle », issu de la pensée de Jack Bizlall, penseur politique qui a fourni de nombreuses propositions intéressantes pour l’avenir de notre démocratie. L’initiative de ce parlement du peuple revient à Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo, qui m’ont confié le projet. J’ai immédiatement accepté, car j’ai un grand respect pour ces deux citoyens. Ils sont d’un dévouement extraordinaire pour leur pays et le petit peuple. Depuis plus de 15 ans, en tant que politologue, j’ai effectué des recherches de haut niveau, sur le système politique mauricien. C’est l’occasion de mettre au service de la population mauricienne les outils dont je dispose. Dans la situation d’enlisement où le pays se trouve, il était urgent de réinventer de nouvelles pratiques politiques, surtout pour ‘empower’ le peuple. Par contre, j’ai écarté d’emblée l’idée de parlement « parallèle », car il n’est nullement question de remplacer l’État. Au contraire : il s’agit de rendre l’État davantage redevable ( ‘accountable’) envers ses citoyens.

> Quels sont les objectifs de ce Parlement ?
Le Parlement populaire a pour rôle de fournir un espace neutre de délibération aux citoyens pour qu’ils deviennent une force de propositions en matière de législations et de projets. Jusqu’à présent, les citoyens votent et ensuite laissent faire les politiciens, tout en se plaignant d’eux. Ils ne font plus confiance aux partis traditionnels pour défendre leurs droits. Quant aux partis émergents, qui voulaient apporter le changement, les faibles scores enregistrés aux dernières élections démontrent leur manque de réalisme politique. Il était devenu urgent de trouver des mécanismes pour revaloriser la voix du peuple.afin Les citoyens mauriciens  se doivent d’exercer leur rôle véritable dans une démocratie.

> Comment se passent les débats au sein du Parlement populaire ?
Il ne s’agit pas seulement de débats, mais surtout de délibérations. Lorsque nous travaillons sur un sujet, le débat est inclus dans la phase préliminaire de mise en commun des connaissances. À ce stade initial, nous invitons les personnes ayant une expertise particulière dans un domaine à partager leurs connaissances et leurs idées. À partir de là, la délibération se met en place. Chacun formule ses propositions, suivant une méthode simple, mais très innovante : nous projetons le document de travail au vidéoprojecteur et tous les participants peuvent rédiger ensemble. Beaucoup se rendent compte qu’il ne suffit pas de critiquer, qu’il faut aussi se mettre à la place du ministre qui lira le document. On réalise qu’il ne suffit pas de dire « bizin fer ci, nek fer sa ». Cela oblige à être pratique et réaliste quand on rédige, à réfléchir aux moyens de mettre en œuvre les propositions formulées.

> Les citoyens s’intéressent-ils à cette démarche ?
Ceux qui s’intéressent le plus à une telle démarche sont ceux qui ont déjà une conscience politique ou un engagement syndical ou social. Si les autres citoyens sont plus timides, une certaine curiosité commence à s’éveiller dans la population. Des personnes de tous âges et horizons commencent à venir aux séances. De parfaits inconnus arrivent avec des idées et des propositions formidables. Une force nouvelle est en train de se lever.

> Et qu’en est-il des politiciens ?
Le Parlement populaire intrigue les politiciens. Arvin Boolell, ancien ministre des Affaires étrangères a assisté à la dernière séance après avoir lu un article dans la presse. Il était présent en tant que citoyen, parmi tant d’autres. Comme tout le monde, il a attendu son tour pour prendre la parole, car au Parlement populaire, il  n’y a ni ministre, ni parti, ni majorité ni opposition. Tout le monde est sur un pied d’égalité et l’opinion de tous compte.

> Le Parlement populaire a-t-il, vraiment un impact ? Vos propositions sont-elles prises en considération ?
Il ne s’agit pas juste de créer un impact. Il faut créer des leviers qui permettront aux citoyens d’être partie prenante des décisions gouvernementales qui engagent leur avenir et celui du pays. Sur un premier dossier, les ‘smart cities’, le gouvernement a pris acte de nos propositions. Nous attendons d’autres retours. Ce n’est qu’un premier pas, car il s’agit d’éviter que la société civile soit consultée seulement en aval des projets. C’est un travail de longue haleine, car il s’agit d’inventer de nouveaux outils de mobilisation sociale. Pour l’instant, les contestataires ne connaissent que les conférences de presse, les manifs et les grèves de la faim. Ça ne suffit pas et ces solutions sont démodées. Nous voulons produire des formules innovantes, pour insuffler un nouveau courage dans ce pays.

Retrouvez l’article de Mélanie Valère sur le Parlement Populaire dans son intégralité dans Le Défi Quotidien du 04 juillet 2015

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