Catherine Boudet : « Les électeurs mauriciens commencent à perdre patience »

Si les Mauriciens sont nombreux à avoir pour passion la politique, d’autres se montrent indifférents à ce qui se passe actuellement dans le pays. L’écart entre ces derniers et la classe politique ne cesse de se creuser. Un désintérêt qui soulignerait la perte de confiance envers nos politiciens. 

Propos recueillis par Kinsley David
 
> En quoi la politique joue-t-elle un rôle important dans le développement d’un pays ?
La politique joue un rôle extrêmement important dans le développement d’un pays. Tout d’abord, il ne s’agit pas uniquement d’un jeu de politiciens qui s’affrontent pour acquérir ou garder le pouvoir. L’exercice du pouvoir a, pour objectif, de mettre en place des politiques publiques, c’est-à-dire des méthodes et des plans d’action pour prendre en charge les demandes de la société et les problèmes sociaux.Par exemple, la gestion de l’eau, l’intégration sociale, la lutte contre la pauvreté, pour n’en citer que ceux-là. Ce sont les ministères qui mettent en œuvre ces politiques publiques. Chacun en fonction de sa spécialisation, sur décision du gouvernement. Toutefois, à Maurice, on se pose la question s’il y a vraiment des politiques publiques bien définies. On a l’impression qu’on parle plus en termes de projets ou de réalisations de tel ou tel ministre et, ce, en vue de leur publicité personnelle, pour se faire une clientèle électorale, plus que pour l’intérêt de la population.

> Peut-on dire que beaucoup de Mauriciens ne s’intéressent plus à la politique ?
Les Mauriciens sont, en général, très connectés avec la politique. Beaucoup de gens, même très modestes, sont capables d’analyser les événements politiques et de faire, entre autres, l’historique des alliances. Par contre, les politiciens et même les médias, ont longtemps maintenu la population mauricienne dans l’illusion qu’ils ne peuvent être que des spectateurs du jeu politique.
 Cette conception de la « politique-spectacle » se résume en gros à deviner qui va faire alliance avec qui et quand. Du coup, les Mauriciens sont maintenus dans l’idée qu’une fois qu’ils ont voté, leur rôle s’arrête là. La grande majorité de la population est restée avec l’idée que leur principal rapport avec la politique se résume à se faire représenter. Ils n’envisagent pas la politique sous la forme d’une participation active pour la défense de leurs droits. Ils remettent tout passivement entre les mains de leurs élus. Et quand les hommes politiques ne remplissent pas leurs attentes, ils vont se chercher d’autres champions, mais ils ne vont pas se mobiliser pour défendre leurs droits.
> Comment expliquez-vous cette perte de confiance ?
Je pense que les Mauriciens commencent à se rendre compte qu’ils sont considérés comme une « clientèle électorale » par les politiciens. Ils réalisent qu’ils sont les perdants au jeu de la « politique-spectacle ». Ils ont patiemment été témoins, pendant des années, à des jeux d’alliances qui se forment avant les élections pour se défaire peu après, pour se reformer aux prochaines élections avec les adversaires de la veille. Il a vraiment fallu que le jeu des alliances atteigne le comble du ridicule, au terme d’un feuilleton à rebondissements ces derniers mois, pour que les électeurs mauriciens commencent à perdre patience.L’élément financier y est aussi pour quelque chose. Notamment la prorogation du Parlement qui n’a siégé que huit fois en une année, tandis que ses honorables membres n’en continuent pas moins d’être rétribués aux frais du contribuable mauricien, c’est quelque chose qui a frappé les esprits. Alors que des grands projets d’infrastructures (Ring Road, Bagatelle Dam, Wastewater, aéroport, etc.) engloutissent des sommes vertigineuses avec une réalisation de qualité souvent douteuse, les problèmes quotidiens et immédiats de la population se multiplient, que ce soit en termes de pauvreté, de chômage, d’insécurité, de soins et de santé mentale. Les Mauriciens vivent dans un environnement de plus en plus chaotique et la politique ne leur fournit plus ni les repères ni les solutions dont ils ont besoin. Pour beaucoup, ils se sentent laissés sur le bord de l’autoroute de la modernité.

Retrouvez la totalité de l’article de Kinsley David  dans Le Défi Quotidien du vendredi 31 octobre 2014

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