Un salon à deux vitesses

Un salon pour la première fois « aussi complet » à Maurice et qui « permettra de dépasser certains clivages très traditionnels », pouvait-on lire samedi dans une interview à propos du salon du livre Confluences qui doit s’ouvrir ce jeudi à Pailles. A croire que l’on ne dépasse les clivages traditionnels qu’en les remplaçant par d’autres.

La palette de pays de provenance des auteurs étrangers invités reflète l’éventail des pays de peuplement du pays (Chine, Inde, France, Afrique). Est-ce bien cela que l’on appelle « dépasser les vieux clivages » ? Quid des autres aires géographiques et culturelles ? Mais plus grave, on peut s’interroger sur la notion de « salon complet » pour ce qui est de l’invitation des auteurs mauriciens.

Sur 4 jours entiers d’animations, ce sont au total 9 écrivains mauriciens seulement et plus de 20 auteurs étrangers qui participeront aux tables-rondes et conférences. Il faut compter aussi sur l’équipe des poètes de Point Barre pour un récital. Pourquoi une telle disproportion ? Etait-il si difficile de trouver des auteurs mauriciens pour ce salon ? La littérature mauricienne ne serait-elle composée que de 9 écrivains ? La poésie mauricienne est-elle inexistante en dehors du comité Point Barre ?

Au final, un salon international prétendument destiné à « permettre aux créateurs mauriciens de bénéficier de cette exposition » – puisque c’est bien de cela qu’il s’agit, la sacro-sainte exposition médiatique ! – et surtout organisé aux frais du contribuable mauricien, se justifiait-il pour un pays dont la littérature ne serait composée que de 9 écrivains ?

A la lecture du programme officiel des tables-rondes du salon, on se demande où sont passés les Barlen Pyamootoo (nominé au Prix Médicis 2008), Bertrand de Robillard (deux ouvrages chez L’Olivier, édition présente au salon), Lindsey Collen (Commonwealth Writers’ Prize 1994 et 2005) et autre Abhimanyu Unnuth (plusieurs fois primé en Inde) ? Pourquoi avoir écarté des débats ces auteurs qui font honneur au pays sur la scène littéraire internationale ? Pourtant, vivant sur place, ils n’auraient pas coûté cher à inviter…

Quant aux auteurs mauriciens édités localement, y a-t-il seulement une table ronde pour leur donner la parole ? D’ailleurs où sont passés les lauréats du très local Prix Jean Fanchette, comme Emmanuel Richon, spécialiste de Baudelaire et auteur d’une dizaine d’ouvrages de réflexion ? Et quid de Sedley Assonne, poète et parolier qui écrit en créole et en français ? Ces auteurs n’ont-ils donc rien à apporter au débat et à la connaissance des conditions de la production littéraire à Maurice sur un salon international ?

Et ce ne sont pas des invitations de dernière minute, comme celle d’Abhimanyu Unnuth pour la cérémonie d’inauguration, histoire de rattraper le coup, qui leur accorde un véritable espace d’expression. Drôle de façon de développer « un sentiment de fierté nationale » pour le livre mauricien. Drôle de façon aussi de développer une stratégie pour l’industrie culturelle locale. Quel est donc l’agenda réel de ce salon ?

La dernière table-ronde avant clôture s’intitule « Indignez-vous ! » C’est ce que l’on ne peut manquer de faire, précisément.

La vraie origine de « Confluences »
L’idée de baptiser le salon du livre « Confluences » n’est pas né, contrairement à ce que voudrait faire croire un article du lundi 11 février dernier, d’un « atelier de travail ». C’est moi qui ai proposé ce terme de « Confluences » à Alain Gordon Gentil dans un échange de mails, et cela remonte à 2010, lors de la première tentative d’organisation du salon, lorsqu’il m’avait proposé d’occuper la responsabilité de commissaire du salon.

Mais ce que ces personnes qui se sont attribué la paternité de mon idée ignorent, c’est que ce titre pour le salon m’avait été inspiré par un poème du poète mauricien Yussuf Abdullatiff, intitulé justement… « Confluence ». Et si j’étais restée associée à l’organisation du salon comme prévu initialement, j’aurais justement proposé que ce poème soit imprimé sur tous les programmes et lu en ouverture du salon, histoire de rendre hommage à la poésie mauricienne…  Et aussi que son auteur soit invité, ce qui eût été la moindre des choses !

Mais de toute évidence, les personnes qui semble prétendre que l’idée leur est venue « lors de l’un de leurs nombreux ateliers de travail » n’avaient aucune connaissance de l’existence du poème d’Abdullatiff. Le salon « Confluences » n’a de confluence que le nom, mais ni l’esprit, ni le contenu…  C’est malheureusement le sort des idées plagiées.

Retrouvez cet article dans le Forum du Mauricien

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s