Maurice Ile Durable : «du MID» aux réalités

Alors qu’on célèbrera « Maurice Ile Durable » le 12 mars prochain, on serait plutôt ténté parler de « Maurice Ile Poubelle » car le pays est devenu un gigantesque dépotoir. Sans compter les plages publiques qui rétrécissent et se dégradent à vue d’œil, en l’absence de régulations de la part des autorités. Les forces vives tirent la sonnette d’alarme.

Alors que pour la célébration de l’indépendance, le 12 mars prochain, le concept «Maurice Ile Durable» (MID) sera à l’honneur, force est de constater que, dans le pays, c’est tout le contraire qui prévaut. Sur le terrain, les forces vives font le triste constat de la destruction programmée des milieux de vie des Mauriciens et surtout, lancent un appel urgent aux autorités pour davantage de régulations.

Pour Suttyhudeo Tengur, président de l’Association pour la Protection de l’Environnement et des Consommateurs (APEC), il existe à Maurice «toute une panoplie» d’atteintes à l’environnement. Les principales seraient : la pollution de l’environnement, la déforestation galopante, la pollution sonore et les problèmes de voirie. «L’hygiène est devenue un problème aigu à Maurice. Le pays est rempli de eye sores», s’attriste le président de l’APEC, une association qui lutte pour la défense d’une «consommation durable» et l’amélioration de l’environnement.

De son côté, Georges Ah Yan, président du Forum des Citoyens Libres (FCL), s’indigne surtout de l’état de dégradation des plages publiques, ou, du moins, de ce qu’il en reste…  «Nous avons perdu 70 à 75 % de nos plages depuis la fin des années 1980. Par exemple, au Morne Brabant, sur 4 km de plage il ne reste que 800 m de plage publique», explique Georges Ah Yan. «Pour diverses raisons. Le développement économique, d’abord, mais aussi la politique de distribuer les terres de l’Etat aux petits copains. Et nous on voit nos plages partir petit à petit dans l’eau sous nos yeux, impuissants de récupérer ces plages-là.»

Quant aux plages publiques qui restent, elles sont dans un état impressionnant de saleté et de dégradations, surtout après les week-ends et les jours de congés publics. Mais Georges Ah Yan n’en démord pas, ce n’est pas le public qu’il faut pointer du doigt. «On ne peut empêcher les gens de camper sur les plages publiques. Parce que la plage publique, c’est pour le public. Mais nous aurions pu réglementer, en réservant des espaces spécifiques comme camping areas, avec des points d’eau et une surveillance.» En l’absence d’infrastructures appropriées et de régulations, «c’est comme ça que le vandalisme et l’insécurité des campeurs ont augmenté», affirme le président du FCL.

Le comportement irresponsable des Mauriciens serait donc le symptôme d’une irresponsabilité ou, en tout cas, d’une insuffisante prise en charge au plus haut niveau. Suttyhudeo Tengur s’insurge de constater que les dégradations de l’environnement se poursuivent au nez et à la barbe de la Police de l’Environnement et du ministère de tutelle. «Ce ministère de l’Environnement, c’est un éléphant blanc. Voyez le nombre d’arbres que l’on abat tous les jours sur le bord de nos routes, au vu et au su de tout le monde. Sans parler du déboisement dans la région de Mare aux Vacoas… Avons-nous seulement un White Paper en matière d’environnement ?», interroge Suttyhudeo Tengur.

«La Beach Authority est supposée réglementer les plages, mais quand on regarde bien, c’est le contraire qui se passe», déplore pour sa part Georges Ah Yan. « Ils ordonnent la conversion des toilettes publiques en restaurant à Mont Choisy. A Flic-en-Flac ce sont les salles de bain publiques qui sont converties en bâtiment commercial… A la Preneuse, à Blue Bay, ce sont encore des problèmes de conversion des toilettes publiques en bâtiments commerciaux… Et tout récemment à Pointe aux Biches, on vient de déproclamer la plage publique pour construire un food court… La Beach Authority faillit dans sa mission, c’est pour cela que les plages publiques se dégradent. »

Pour autant, ni la FCL, ni l’APEC ne souhaitent entrer en guerre avec les autorités. Au contraire, ils voudraient plus de coopération et surtout, être plus écoutés. « Nous adressons beaucoup de lettres aux autorités mais qui malheureusement souvent restent lettres… mortes. C’est un peu le pot de terre contre le pot de fer », s’attriste Georges Ah Yan. « Il faut que le ministre de l’Environnement change son fusil d’épaule. Il doit prendre en compte les voix qui s’élèvent. Il doit reconnaître les efforts que nous faisons à travers des discussions, des recherches, des dossiers. Nous sommes prêts à collaborer », assure pour sa part Suttyhudeo Tengur. « Les techniciens de l’Environnement savent que nous parlons avec preuves à l’appui. Mais pourquoi jamais le ministère de l’Environnement ne nous invite-t-il dans des forums ? J’en suis moi-même arrivé à la conclusion que ce sont des stratégies d’évitement. »

Pourtant, ces organismes au service de l’intérêt général reçoivent énormément de doléances des citoyens. A l’APEC, «tous les jours nous recevons au minimum une ou deux lettres de témoignages concernant la Mare aux Vacoas, qui nous donnent des renseignements sur la situation. Mais est-ce que le ministère analyse les cas que nous postons sur notre web site ?» Quant à Georges Ah Yan, «tous les jours je dors à 1heure du matin ou même plus tard, car tous les soirs j’ai des personnes qui m’appellent ou qui viennent me voir pour me signaler des problèmes aux quatre coins du pays. Ils n’ont pas confiance dans leurs élus et dans les autorités supposées les aider. C’est pour ça qu’ils viennent me voir, comme étant issu de la société civile.»

Et, même si les forces vives sont débordées, elles tiennent le coup, dans l’intérêt du pays. «En attendant qu’il y en ait d’autres qui arrivent pour nous prêter main forte…», conclut Georges Ah Yan.

Catherine Boudet
Journal du Samedi n°109 du 03 mars 2012

Retrouvez la suite de cet article dans Pages mauriciennes. Chroniques journalistiques de l’île Maurice, Edilivre, 2013.

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