Psychologie du nain en milieu insulaire

Le milieu des îles est particulièrement propice à la bonsaïfication des espèces, ce qui est sûrement dû à l’isolement insulaire. N’étant plus soumise aux brassages, aux confrontations avec d’autres espèces ou aux lois de la compétition, l’espèce se nanifie et/ou se déforme. Nous connaissons tous à ce sujet l’exemple du pataud Dodo. La même observation s’applique aux caractéristiques physiques, mais aussi intellectuelles de l’espèce.

Ainsi, il est une autre espèce, mais qui elle est loin d’être en voie d’extinction, et ce serait même le contraire : il s’agit du Nain insulaire, ou nanus insularensis. Le nanus insularensis est une espèce qui prolifère en milieu insulaire où l’isolat, intellectuel et autre, constitue son milieu de prédilection.

Le nain insulaire se reconnaît à son nombril démesurément proéminent et à son regard pas particulièrement vif. Ce petit animal tropical affectionne tout particulièrement pour son biotope les milieux de l’écriture et se retrouve donc en grandes concentrations dans des lieux tels que les universités ou les medias, dans lesquels il sévit et qu’il colonise rapidement.

Le mode d’action du nain insulaire est particulièrement redoutable. Car le nanus insularensis est un prédateur dont les dégâts sont inversement proportionnels à la petite taille. Le nanus procède par une démarche systématique de « colonisation-médiocrisation », qui consiste d’abord à investir le lieu avec ses congénères, puis à s’efforcer autant que faire de tout niveler par le bas.

Car le nanus insularensis, qui se croit fin intellectuel, possède paradoxalement une aversion prononcée pour la complexité et l’élaboration. Le territoire de prédilection du nanus insularensis, c’est le simple, voire le simplisme. Souvent, le nanus insularensis prendra pour prétexte qu’il faut savoir se mettre à la portée du grand public et que ce qui se pense clairement s’énonce simplement. Mais en réalité, si le nanus insularensis répugne à toute élaboration intellectuelle ou conceptuelle, c’est tout simplement qu’il est un animal de compétition et que la seule pensée que quelqu’un d’autre ait émis une idée qu’il n’a pas lui-même conçue, l’insupporte.

En outre, le nanus insularensis est un redoutable prédateur qui n’hésitera pas à chasser de son territoire, voire à étouffer cruellement toute autre espèce susceptible de penser différemment de lui. Les procédés d’extermination employés peuvent alors être très pernicieux et très élaborés. Le but ultime étant de nanifier à son tour l’adversaire, ou de l’exterminer.

Que faire si vous êtes victime d’une attaque de nanus insularensis ? Il faut savoir tout d’abord que le nanus est un animal grégaire, qu’il marche généralement en groupe, de même qu’il attaque en groupe. Les dégâts causés par une attaque de nains insulaires peuvent être graves et même irréversibles : auto-dévalorisation, résignation, et même dépression, sont les symptômes observés chez tous ceux qui ont eu affaire à ce redoutable prédateur. Si vous êtes donc confronté à une attaque de nanus insularensis, il est important de suivre ces quelques règles très simples qui pourront vous sauver la vie.

Tout d’abord, il est bon de repérer le nanus potentiellement agressif, afin de prévenir toute attaque. Le nanus insularensis est un animal de scène. Il adore se mettre en valeur, prendre la parole dans une réunion publique pour poser une question interminable, en profiter pour confisquer la conversation à son avantage, faire étalage de sa science, puis entraîner le débat sur le terrain qui l’arrange lui, surtout lorsqu’il n’a rien compris à l’exposé et qu’il n’en maîtrise pas les données.

Le nanus insularensis aime aussi prendre la plume, de préférence dans la presse, afin d’exposer ses idées géniales, faire montre de son incroyable degré d’analyse – même si souvent, le nanus est incapable de faire la distinction entre analyse et opinion – et surtout, le nanus adore des leçons à son prochain. La verve du nanus insularensis n’a d’égale que l’insipide de ses exposés. C’est pourquoi le nanus insularensis aime avoir sa photo en grand dans le journal, ce qui évite ses lecteurs d’avoir à juger du contenu de ses écrits et permettra de le reconnaître instantanément dans les réunions publiques ou en société. Comme le nanus insularensis aime plaire, donc, il est très important de respecter absolument cette règle numéro un : ne jamais contredire un nanus insularensis. Ne jamais lui démontrer que son jugement est stupide ou erroné. Vous pourriez ainsi réduire le nanus insularensis au mutisme, ce qui est dangereux, très dangereux. Car un nanus blessé est un nanus féroce. Et sournois. Le nanus insularensis s’emploiera alors à vous faire une réputation absolument épouvantable dans tous les cercles où il passera.

Autre règle d’or à respecter : ne jamais donner le soupçon à un nanus insularensis que vous pourriez être plus intelligent que lui, avoir de meilleures idées, ou avoir fait quelque chose qu’il n’a jamais pensé à faire. Les réactions du nanus insularensis sont alors incontrôlées et peuvent se développer suivant toute une gamme. Vous pouvez alors perdre votre emploi, voir vos écrits dévalorisés, sabotés et même purement et simplement boycottés. Le nanus insularensis s’acharnera à vous faire comprendre votre nullité, votre incompétence, votre incurie, votre inaptitude. En gros, le nanus insularensis s’acharnera à vous faire réaliser que vous êtes le dernier des derniers, et que vous n’avez pas votre place dans le milieu très sélect et très élitiste du nanisme, à moins de faire beaucoup, beaucoup d’efforts.

Bref, si vous voulez survivre parmi les nains insulaires, votre seule chance sera de leur faire croire que vous êtes un nain vous aussi, ce qui suppose que vous ne formuliez jamais une idée originale de votre cru, que vous n’ayez jamais un diplôme plus élevé que le nanus auquel vous vous adressez, que vous ne remettiez jamais en question ce qu’un nanus vous dit, que vous ne fassiez jamais les choses mieux que les autres nains avec qui vous travaillez ou avec qui vous êtes en contact, et surtout que vous passiez une bonne partie de la journée à vanter les qualités et les qualités extraordinaires du nanus auquel vous avez affaire. C’est à ce prix que vous pourrez mener une vie paisible parmi les nains insulaires, qui est en fin de compte sont une espèce qui peut vous apporter beaucoup de satisfactions – autres qu’intellectuelles – pourvu que vous sachiez caresser le nain dans le sens du poil et lui permettre de croire, qu’en réalité, il est un géant.

29 décembre 2011

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