«Les Mauriciens ne sont pas des moutons de Panurge»

Les Mauriciens peuvent paraître passifs et même divisés sur les sujets d’actualité. Et c’est tant mieux, car une opinion publique toujours unie derrière un leader, c’est la caractéristique des dictatures.

«L’opinion publique, c’est le baromètre que l’autorité politique devrait toujours consulter.» C’est avec cette citation de Napoléon Bonaparte que Raheem Gopaul, organisateur du groupe de réflexion RAFAL (Royal and Friends Action Line), ouvrait le débat consacré à «Existe-t-il une opinion publique à Maurice ?». C’était le 2 décembre dernier, à la Chambre de Commerce à Ebène, avec, comme invités, les deux éditorialistes Subash Gobine et Yvan Martial.

Force est de constater que l’opinion publique à Maurice ne joue pas vraiment le rôle que lui prêtait Napoléon. Mais ce n’est pas pour autant que l’on doive sombrer dans le pessimisme le plus total et croire que l’opinion publique mauricienne est totalement passive, voire inexistante. Car, avertit Subash Gobine, l’opinion publique n’est pas «une espèce de grosse baleine que tout le monde peut voir». Il n’y a pas une seule opinion publique, mais différents courants d’opinion. «L’opinion publique mauricienne est divisée en 1,3 million de Mauriciens qui sont intelligents chacun à leur façon», explique Yvan Martial. En rappelant que si cette opinion publique est dispersée, et qu’elle ne sait pas toujours comment s’exprimer, ça ne veut pas dire qu’elle est inexistante.  « Heureusement que les Mauriciens ne sont pas des moutons de Panurge », se félicite l’ancien rédacteur en chef de l’express.

Yvan Martial rappelle toutefois que, même si ça peut être un rêve de soulever les masses, il est impossible de vouloir contrôler totalement et durablement l’opinion publique. Car, souligne-t-il, l’opinion publique est pareille à une anguille, «quand on veut l’attraper elle nous file entre les doigts». Et c’est une bonne chose, ajoute Yvan Martial, car vouloir contrôler l’opinion publique, c’est un rêve totalitaire, qui a été réalisé par des dictateurs comme Hitler ou Staline.

Le problème, regrettent les divers participants, ce sont les tentatives de récupération politique. Comme si, à défaut de contrôler l’opinion publique, on cherchait à la leurrer, à la manipuler. Un autre membre du public, Koomara Venkatasawmy, observe que certains leaders politiques font tout pour désorienter cette opinion publique et l’amener dans leur sens à eux. Comme le souligne Yvan Martial, il y a «des politiciens qui sont passés maîtres dans l’art de susciter des faux débats pour faire passer des pilules amères». Assurément, l’opinion publique mauricienne mérite mieux.

l’express-dimanche n°17825 du 11 décembre 2011.

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