Aménagement du territoire : ça vous dit quelque chose ?

Certains vivent dans des pays «en voie de développement», nous, nous vivons dans une île «en voie de bétonnement», pour reprendre l’expression de notre confrère Jean-Claude Antoine du journal Week-End dans un récent édito.

Face aux constructions pharaoniques qui s’élèvent de terre, Lorraine Lagesse, la passionaria du patrimoine port-louisien, tire la sonnette d’alarme : d’ici 25 ans, il ne restera plus rien de ce qui a fait la grandeur historique de la capitale. Certes, entre conserver les traces du passé et en tracer de nouvelles pour l’avenir, on pourrait se poser la question de savoir s’il est réellement nécessaire de procéder à un arbitrage. Sortons d’abord de ces discours archi-remâchés de type «pour savoir où on va, il faut savoir d’où on vient».

Ce que vient utilement rappeler notre interviewée, c’est ce message laissé par les traces du passé, pierres ou noms de lieux : l’importance de rechercher une qualité de vie. Ironiquement, on nous bassine avec les «Mauritius c’est un plaisir», les «green buildings» et les «Maurice Ile Durable», mais finalement, plus on parle, moins on en fait.

Alors, pour en revenir au patrimoine, et si on s’était trompé ? Et si on avait abusivement relié la question du patrimoine et de sa (non-)préservation au seul aspect historique ? A trop voir dans l’Histoire les traces d’affrontements entre groupes pour tenter d’établir la légitimité de l’un ou de l’autre, de leur contribution, et si on avait oublié l’essentiel ? A savoir que le patrimoine, ce n’est pas juste les traces du passé, mais aussi et surtout un «existant hérité», sur un territoire qu’il convient d’aménager.

Dans certains pays, cette question est prise au sérieux, au point qu’il existe des ministères d’Aménagement du Territoire, et même des filières d’études en Aménagement du Territoire… Tiens, à ce propos, y a-t-il un pilote dans l’avion (gouvernemental) ?

Sans s’attarder sur les raisons idéologiques ou les craintes politiques qui ont motivé le retrait des lignes Culture et Patrimoine de la CSR, aujourd’hui notre interviewée identifie comme ultime piste de solution une coopération entre les grands consortiums du pays… Des mécènes d’un nouveau genre auxquels le défi est lancé de ne pas attendre l’aide de l’Etat…Sous peine de retomber dans les mêmes schémas qui ont donné lieu aux grandes batailles idéologiques qui se jouent autour de sites comme le Morne ou l’Aapravasi Ghat…

En d’autres termes, le plus important, c’est surtout une question d’approche. Lorraine Lagesse le dit très bien : autant se lancer sur les pistes de l’Histoire (la vraie, celle qu’on découvre par soimême, pas par pseudo-experts interposés) révèle tout ce que les cloisonnements ont d’instrumental, autant il importe aujourd’hui d’éviter de les reproduire afin de sauver cet «existant hérité» en perdition…

Catherine BOUDET
Impact n°48 du 11 février 2011

Retrouvez l’article dans Pages mauriciennes. Chroniques journalistiques de l’île Maurice, Edilivre, 2013.

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