Questions de méthode…

Les deux invités de l’Université Populaire de l’Ile Maurice (UPIM) cette semaine nous le disaient en interview : il faut se méfier du règne des experts. Du moins de ceux qui ont tendance à trouver des explications causales à tous les phénomènes sociaux.

Il n’est pas certain que trouver l’explication causale des problèmes permette de les résoudre. En particulier si cette explication causale 1) cherche des causes extérieures, voire des boucs émissaires 2) conduit à coller des étiquettes 3) dévie l’attention du processus de résolution de problèmes.

C’est le cas de la question des violences sociales, en particulier chez les jeunes : «Si on me fournissait des clés, fort improbables pour le moment, je ne pense pas que ça améliorerait considérablement le travail que je fais avec les enfants», avoue l’éducateur spécialisé Stéphane Dutertry en page 17 du numéro d’Impact de cette semaine. À cet égard, le champ des sciences sociales a sûrement fait un mauvais héritage avec la méthode venant des sciences dites «dures» qui s’appuie sur la relation de «cause à effet». Mais attention, se méfier des explications causales ne veut pas dire qu’il faille évacuer la recherche des sources d’un problème.

Tout au contraire, il me semble bien plus important d’orienter la réflexion vers l’identification des mécanismes entrant en ligne de compte dans un phénomène social ou dans un problème donné (le «comment» des choses), que vers la recherche, ô combien piège, du « pourquoi ». Prenons un exemple très simple. Tiens, au hasard, le problème de l’eau. Explication par le «pourquoi» : la pénurie en eau est due au fait que la pluie ne tombe pas en quantité suffisante, le niveau des réservoirs est bas et les Mauriciens gaspillent la précieuse ressource. Solution : il faut couper l’eau pour éviter les gaspillages.

Méthode par le «comment» : comment se fait-il qu’avec une pluviométrie supérieure à la moyenne mondiale, et une population qui ne consomme que 7 à 13 % de l’eau disponible, on se retrouve avec un niveau de ressource en eau critique dès que la pluie ne tombe pas ? Solution : recherchons comment équilibrer la consommation d’eau entre les différents postes de consommation, c’est-à-dire la population, l’agriculture ET l’industrie, et surtout comment parvenir à un meilleur stockage de l’eau et à un développement maîtrisé des postes qui consomment le plus d’eau…

On pourrait trouver encore plein d’exemples comme ça, comme le problème de la corruption, celui de l’insécurité, celui de la violence sur les femmes, etc. Mais je suis sûre que vous aurez déjà compris la démonstration et que vous pourrez refaire le même exercice avec un sujet de votre choix, tranquillement installé dans le sofa de votre salon, de votre bureau ou de votre ministère…

Impact n°44 du 14 janvier 2011

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