Flower power, c’est fini (mais bonne année quand même !)

En ce dernier jour de l’année, j’ai une pensée particulière pour les ouvriers de FCC ex- Manupan, de Plaine-Lauzun, qui ont reçu vendredi dernier un bien étrange cadeau de Noël : leur lettre de licenciement. A l’heure où la plupart de leurs concitoyens faisaient leurs achats de Noël pour leurs enfants, eux devaient se présenter au ministère du Travail pour faire valoir leur droit à une maigre indemnisation.

On se dit que, quand même, un minimum d’égards pour ces travailleurs et pères de famille aurait voulu qu’on choisisse une autre date pour accomplir un acte aussi cynique que celui de licencier son personnel une veille de Noël, juste pour des considérations d’année financière à boucler.

Ceci dit, nous avons tout de même passé l’âge de nous indigner sur la sécheresse de coeur du capitalisme sauvage ou des gouvernants. Après tout, l’augmentation du ticket de bus en plein mois de décembre est passée comme une lettre à la poste. Le bon peuple était bien trop occupé à dépenser son bonus de fin d’année dans les magasins pour trouver à y redire. En mettant 2010 au placard, il semble désormais assez patent qu’on peut aussi y ranger les idéaux révolutionnaires et socialisants. Comme le disait l’écrivain français Olivier Rolin, révolutionnaire «repenti», dans Impact du 26 novembre dernier, «J’ai passé des années à croire à des folies (…) j’ai passé des années à être un crétin».

Eh oui, le Flower power, c’est bien fini ! Nous ne saurions non plus en blâmer l’élite intellectuelle, dont notre confrère Rabin Bhunjun de l’express-dimanche, dans son édito de dimanche dernier, soulignait à juste titre la passivité, le «sérieux déficit d’idées et de débats constructifs». Pour que les intellectuels puissent exercer leur rôle qui est (théoriquement) de faire entendre les causes justes audessus de la cacophonie ou de l’apathie ambiante, et de bousculer les représentations sociales… encore faut-il qu’il reste quelqu’un à bousculer.

D’ailleurs, au risque de décourager les militants des droits de l’homme, rappelons la mise en garde effectuée dans les colonnes d’Impact de la semaine dernière par Sabah Carrim. Cette universitaire mauricienne qui enseigne les droits de l’Homme en Malaisie nous avertit que le siècle des droits humains pourrait bien ne pas être éternel. Et on la croit sans peine.

De même que l’égalité n’a pas toujours été un idéal dans l’histoire de l’humanité, l’éthique des droits humains pourrait bien se voir remplacée dans un futur pas si lointain. Remplacée par quoi ?

Idéalement, par une société «de haute qualité» à l’horizon 2020, prône l’économiste Georges Chung Tick Kan. Qu’il nous soit permis d’en douter… A moins que «haute qualité» ne soit synonyme de «haute consommation». Et quoi qu’il en soit, l’«exploitation de l’homme par l’homme» de Marx reste une valeur sûre…

Catherine BOUDET
Impact n°43 du 31 décembre 2010

Retrouvez la suite de cet article dans Pages mauriciennes. Chroniques journalistiques de l’île Maurice, Edilivre, 2013.

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