Le petit Chaperon rouge mauricien… et les coupures d’eau

Le petit Chaperon rouge mauricien… et les coupures d’eau

« Mère-Grand, pourquoi me coupes-tu l’eau du robinet ? » demanda le petit Chaperon rouge. « Mais c’est pour mieux te manger, mon enfant », lui répondit le grand méchant loup du développement industriel mal maîtrisé.

Allez, une devinette. Quel est le pourcentage de l’eau consommée par les ménages mauriciens sur le total de la ressource hydrique utilisée ? Vous l’aurez compris, la réponse est cruciale. Car tous les ans c’est la même sérénade : les réservoirs sont vides. Il faut rationner car les Mauriciens gaspillent l’eau.

Pourtant, ce n’est pas du tout ce qui ressort de l’investigation que nous avons publiée en début d’année dans le numéro 1 d’Impact (« Vers une gouvernance de l’eau », 12 mars 2010). D’abord, Maurice dispose d’une pluviométrie supérieure de 22,5 % à la moyenne mondiale. Certes, les spécialistes s’accordent à dire que le problème majeur du pays est la déperdition d’eau. Pourtant, si l’on examine les chiffres de près, il apparaît que la consommation d’eau potable ne constitue que… 13,5 % du total de la ressource hydrique utilisée !

Refaisons les calculs. L’eau utilisée pour les besoins humains constitue environ 982 millions de mètres cubes par an, c’est-à-dire 90 % de l’eau qui compose les rivières, réservoirs et nappes phréatiques de l’île. Sur ces 982 millions de mètres cubes d’eau, 52,5 % sont absorbés par l’agriculture, 34 % servent à produire l’électricité et… 13,5 % vont dans les robinets (eau potable), c’est-à-dire à la fois pour les ménages, pour l’industrie et les hôtels. La production d’hydroélectricité n’exerce aucune concurrence sur la consommation d’eau potable, puisque trois réservoirs lui sont spécialement dédiés. L’agriculture non plus, puisqu’elle s’alimente principalement aux rivières (79 %).

Alors, où est-ce que le bât blesse ? Ce fut extrêmement difficile de percer le mystère. Parce qu’en matière de noyage de poisson, les autorités concernées se sont montrées championnes. D’abord, pas de transparence sur les chiffres.

Les critères de base retenus pour les calculs du Mauritius Research Council diffèrent de ceux de la Water Resources Unit ou de la Central Water Authority (CWA). Étrangement, il n’a pas été possible de démêler la part exacte de la consommation d’eau potable des ménages par rapport à celle de l’industrie et des hôtels. (Nous en profitons pour lancer un appel à qui voudra bien nous fournir les chiffres).

Enfin, impossible d’obtenir des réponses claires à nos questions : « Pourquoi avez-vous besoin de ces détails ? », nous répond-on. Alors, pourquoi tant de mystère ? « Mais c’est pour mieux vous manger, mon enfant », répondrait le loup au petit Chaperon rouge qu’est le consommateur mauricien. Car c’est beaucoup plus facile d’accuser les Mauriciens de trop laver leurs voitures et de trop arroser leurs jardins que d’avouer que c’est le grand méchant loup du développement industriel qui pompe la ressource en eau du petit Chaperon rouge !

À la Water Resources Unit et à la CWA, à force de se faire cuisiner, on a tout de même fini par cracher le morceau. Normalement, le Master Plan doit permettre d’anticiper l’évolution de la demande en eau. Mais en pratique, avec le développement industriel galopant, « la demande en eau a dépassé nos espérances », devait confesser un responsable. Que ce soit dans le sud avec les IRS et le développement aéroportuaire, ou à Port-Louis, « il y a beaucoup de variables qui rentrent en compte, on ne prévoyait pas tout ça ».

Il faut donc arrêter de faire croire au petit Chaperon rouge mauricien que c’est lui qui gaspille le petit peu d’eau qui lui est alloué. Les fuites dans les canalisations ou l’arrosage des jardins n’expliquent pas tout. Le véritable grand méchant loup qui pompe la ressource en eau, c’est bel et bien le développement industriel mal maîtrisé. Heureusement, le ministère des Utilités publiques planche sur une National Water Policy qui devrait venir introduire une véritable politique de l’eau. C’est la seule planche de salut du petit Chaperon rouge.

Impact n°41 du 17 décembre 2010

Retrouvez cet article dans Pages mauriciennes. Chroniques journalistiques de l’île Maurice, Edilivre, 2013.

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