La Journée mondiale du «roder boute»

On fait déjà beaucoup pour les pauvres, mais les hommes politiques sur le carreau après les élections, qui y pense ? Dans le cadre d’une Journée mondiale qui leur serait consacrée, on pourrait leur organiser des parties de «street-Parliament». 

La « Journée mondiale » est à la mode. Il faudrait presque un calendrier exprès pour savoir quelle Journée mondiale c’est aujourd’hui. Tiens, dimanche dernier, par exemple, c’était la Journée mondiale du Refus de la Misère. C’est très noble, et très important, de refuser la misère. Mais, par contre, il y a une journée mondiale qu’on a oubliée. C’est celle du politicien déçu par les alliances électorales qu’il a concoctées aux dernières législatives. Et, ça, personne n’y pense. Et c’est triste.

Parce que les pauvres, tout le monde s’occupe d’eux déjà. On a même créé un ministère exprès pour eux. Et un observatoire. Et on leur organise des journées de street-football, afin qu’ils puissent vivre plus sainement leur misère. Mais ce sont des durs, les pauvres. Ils sont déjà habitués à vivre dans des conditions difficiles.

Par contre, les politiciens déçus par les alliances pré-électorales ? Ça, c’est affreux. Ce sont des hommes (et des femmes, bien sûr) détruits. Surtout dans leur ego. Et dans leur confiance en autrui. Et dans leurs projets d’avenir. Mettez-vous un peu à leur place. Du jour au lendemain, après s’être donnés corps et âme, après avoir sillonné sans relâche le pays, serré des milliers de mains, fait des milliers de promesses, d’un coup plus rien. De la lumière à l’ombre, comme ça, sans prévenir. Pas un ministère. Même pas un petit escabeau dans un petit coin du Parlement. Rien. Plus de spotlights. Plus de MBC-TV. Le Sahara, quoi !

Alors, on les voit errer, comme des âmes en peine, dans les couloirs de la politique. Oh, ils essaient bien de faire bonne figure quand on les interviewe. C’est à qui s’efforcera d’expliquer qu’il prend «enfin» le temps de s’occuper de l’éducation de ses petits-enfants. Ou de la construction de ses IRS. Mais au fond, on le voit bien dans leurs yeux, que tout cela n’est qu’une façade de joie feinte sur un océan de détresse.

Il y en a même qui, poussés par le désespoir, mettront de côté toute dignité, pour se résoudre à reconstituer le parti qu’ils avaient eux-mêmes sabordé avant les dernières élections générales au profit d’une alliance électorale qui ne leur a rien rapporté. Qui les a trahis dans leur désir de justice, de reconnaissance, qui n’a pas reconnu leur bel esprit de sacrifice et d’abnégation.

Voilà pourquoi je propose que l’on organise une Journée mondiale du Roder Boute déçu. Le ministère de l’Intégration pourrait utilement prendre en charge son organisation, et la population mauricienne pourrait mettre la main à la pâte aussi. En organisant, par exemple, des journées de «street-Parliament» à Flic-en-Flac, les dimanches. Ce serait sympa et ça ferait plaisir à tout le monde.

Catherine BOUDET
Impact n°33 du 22 octobre 2010

Retrouvez la suite de l’article dans Pages mauriciennes. Chroniques journalistiques de l’île Maurice, Edilivre, 2013.

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