Deuxième République : «Parce que je le vaux bien»

Une Deuxième République ne peut s’envisager sans une plus grande dose de… représentation électorale. Et à condition de se débarrasser du vote «wash and go».

Enfin une réforme électorale, une vraie ? Depuis le temps qu’on en parle… Et surtout qu’on se crêpe le chignon, dans la classe politique, sur les formules à adopter. Régime présidentiel, Sénat, sans compter la fameuse «dose de proportionnelle»… autant d’options diverses qui ont surtout un point commun : celui d’être envisagé uniquement du point de vue des intérêts des hommes politiques.

Tous les systèmes électoraux du monde se retrouvent un jour ou l’autre face à la nécessité de se réajuster aux réalités sociales, qui changent beaucoup plus vite que les structures. Il apparaît à ce propos, que depuis 2001, le rapport de la commission Sachs a eu pour principal effet de fourvoyer le débat dans une mauvaise direction : celle de laisser accroire qu’il serait essentiel de trouver une formule pour traduire dans l’espace politique la diversité mauricienne, mais tout en la filtrant.

La formule d’une «dose de proportionnelle» a d’ailleurs été mise en avant comme la panacée symbolisant ce savant dosage entre préservation du système existant et ouverture contrôlée au changement. En d’autres termes, le rapport Sachs avait fondamentalement pour objectif de préserver l’élite politique en place de changements trop brutaux.

Le débat autour des propositions du rapport Sachs n’a été en fin de compte qu’un remake de celui des années de la décolonisation autour de la proportionnelle et du Best Loser System. Un débat pas encore décolonisé en somme. On remarque d’ailleurs une résurgence chronique de cette fâcheuse tendance à proposer des formules soustrayant la désignation des candidats au vote des électeurs (proportionnelle avec party list de candidats désignés par le parti, Sénat composé de membres non élus…)

Aujourd’hui, quelle que soit la pertinence d’une deuxième République, ce qui est important c’est surtout de savoir dans quelle perspective elle sera envisagée : est-ce sous l’angle du peuple et de son droit à choisir ses représentants ? Ou bien est-ce sous l’angle des enjeux de pouvoir pour l’élite en place (élargissement du nombre des prétendants au partage du gâteau national, par exemple) ?

À cet égard, il semble donc que les hommes politiques, c’est-à-dire ceux qui ont un intérêt direct à préserver dans l’affaire, ne sont pas les mieux placés pour l’exercice de «pédagogie électorale» qu’il est nécessaire de fournir à la population, demandeuse d’éclairages.

Il me semble aussi que le plus important problème à résoudre, c’est ce goulot d’étranglement que constituent les Elections générales : par un vote «wash and go», l’électeur désigne à la fois les députés, mais aussi dans la foulée le Premier ministre, le président de la République, le vice-président… Ce système reste profondément colonial dans sa façon de concevoir la politique, parce qu’il fonde tout le fonctionnement politique sur un power sharing au sommet.

Introduire une désignation élective des postes au sommet de l’Etat, et défendre le principe de séparation des pouvoirs entre le législatif et l’exécutif, c’est trancher le noeud gordien du débat sur la proportionnelle qui s’arc-boutait sur la nécessité de «traduire mais pas trop» la diversité de la population mauricienne. C’est s’acheminer vers la démocratie représentative. Parce que les Mauriciens le valent bien.

Impact n°32 du 15 octobre 2010

Retrouvez cet article dans Pages mauriciennes. Chroniques journalistiques de l’île Maurice, Edilivre (2013).

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