Ravi Bhayraw : un héros ordinaire

Il a été licencié parce qu’il a utilisé son congé maladie pour venir en aide aux squatters de Dubreuil. Pourtant, cet homme a fait preuve de talents de négociateur que n’importe quelle entreprise aimerait pouvoir compter dans ses rangs.

«Il faut aider la société mauricienne à aider», a affirmé récemment le ministre à l’Intégration, Xavier-Luc Duval, dans une interview. Mais qu’avons-nous fait pour aider Ravi Bhayraw à aider les squatters de Dubreuil ? Ce volontaire, ni syndicaliste, ni politicien, a mis en péril son job de Production Supervisor dans une usine textile pour venir en aide à ceux qui n’avaient plus rien, plus personne à qui se raccrocher quand leur maigre toit a été broyé. Mais Ravi Bhayraw a été bien mal récompensé de son acte de solidarité. Il a été remercié par son employeur, et dédaigné par les autorités ministérielles vers qui il s’est tourné. Il est vrai qu’au regard de la loi, il n’était pas vraiment «réglo». Déclaré en congé maladie, il était visible aux côtés des squatters. Médiatisé, qui plus est.

Faute professionnelle ? Sans doute. Lui-même nous avait confié peu de temps auparavant qu’il savait qu’il risquait sa place en agissant de la sorte. Il nous disait aussi, devant les murs de l’usine à thé, où la vie communautaire commençait à s’organiser pour les familles hébergées, que c’est dans ces moments-là que l’on se sentait réellement Mauricien.

Légalement, on ne peut blâmer l’employeur. Mais quel gaspillage de compétences ! Ravi Bhayraw n’a pas seulement montré des qualités d’engagement au service de la communauté. Il a fait aussi preuve de talents de négociation, d’organisation, de leadership. Tout cela en situation de crise humanitaire et, même, politique.

Ce n’est pas une lettre de licenciement, mais une médaille qu’il aurait fallu décerner à Ravi Bhayraw, me faisait remarquer récemment un lecteur d’Impact. Mettons de côté la médaille. Mais n’importe quelle entreprise soucieuse d’excellence, d’efficacité, de rayonnement, aurait médiatisé à son profit une telle action d’un de ses employés. Ce faisant, l’usine aurait fait preuve d’un véritable esprit de CSR – c’est-à-dire, de Responsabilité Sociale de l’Entreprise. Avec un bénéfice supplémentaire : la publicité. Win-win situation.

Au lieu de cela, l’employeur, ou plutôt l’exemployeur de Ravi Bhayraw, a choisi la pire configuration : la bataille juridique, la perte d’un élément de valeur, le gaspillage de compétences, une mauvaise image pour l’entreprise.

L’héroïsme ordinaire de Ravi Bhayraw vient nous rappeler qu’il est grand temps de mettre en place de nouvelles approches dans la résolution des crises à Maurice. Temps de sortir du schéma hyper-rigide hérité de l’économie coloniale, axé seulement autour des notions d’ordre/sanction. Autrement, comment rester compétitif dans un environnement international qui, lui, a depuis longtemps adopté des méthodes beaucoup plus réactives de management ?

Catherine BOUDET
Impact n°24 du 20 août 2010

Retrouvez cet article dans Pages mauriciennes. Chroniques journalistiques de l’île Maurice, Edilivre, 2013.

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