Xavier Luc Duval : «Il faut aider la société mauricienne à aider»

Deux mois après la création de son ministère de l’Intégration sociale et de l’«Economic empowerment», Xavier Luc Duval dresse un premier bilan. il parle aussi de ses projets : encourager le commerce équitable, susciter le débat public, faire de la pauvreté l’affaire de tous.

Monsieur le Ministre, quelles sont les actions que vous mettez en place au ministère de l’Intégration ?

La première étape était de faire un état des lieux, de comprendre la complexité du problème, les demandes en ressources qui sont énormes, puis de cibler un public. Maintenant, il faut passer à l’acte. Nous avons nommé un nouveau président à la National Empowerment Foundation (NEF). Au niveau de la Corporate Social Responsibility (CSR) aussi, nous avons une nouvelle personne. Le ministère comprend une dizaine de personnes, il grandira aussi dans le temps. Je ne me presse pas au niveau des ressources humaines, car une institution n’a de la valeur que si les gens qui le composent ont de la valeur.

Donc, vous créez l’équipe. Quelles compétences avez-vous dans cette équipe ?

Nous avons beaucoup de volontaires, que ce soit au niveau des fonctionnaires ou de nous-mêmes, les nominés politiques. Mais nous n’avions pas d’experts. Nous créons une petite unité au niveau du NEF, nous avons recruté quelqu’un, un chercheur mauricien à l’étranger.

Ce chercheur travaille sur… ?

Sur ces questions de pauvreté, d’intégration, sur les solutions, ce qui a marché et qui n’a pas marché dans d‘autres pays, etc. Quand je connais la cause, je peux travailler à trouver la solution. C’est pourquoi j’ai besoin de gens qui s’y connaissent, pour qu’ils puissent donner les analyses de la situation, les causes du problème. Parce qu’il y a pas mal de causes. On parle de pauvreté structurelle, de pauvreté conjoncturelle, de pauvreté transitoire… Donc, il nous faut des chercheurs qui peuvent mieux nous aider à déterminer les causes du problème, et à évaluer les programmes.

Quelle distinction faites-vous entre pauvreté et exclusion ?

Je suis quelqu’un de pratique, je ne vais pas rentrer dans de grands débats sur l’exclusion. Mais laissez-moi poursuivre avec la question de la prise en charge des enfants. La seconde chose que nous avons créé au niveau du NEF, c’est un Programme Executive Committee spécialisé pour l’enfance. Parce que les enfants, c’est notre priorité. Les enfants, les enfants pauvres, relativement pauvres, dans une pauvreté absolue, etc. La mise en place de ce programme a été faite lundi (NdlR : lundi 19 juillet). L’objectif, c’est que quand ils arrivent à l’école primaire, ils ne seront pas d’un niveau plus faible qu’un enfant d’une famille plus aisée.

Mais il existe déjà des projets sur le terrain à cet effet. Quelle est la différence entre ces actions et celles de votre ministère ?

L’action du ministère est de coordonner et de renforcer ces actions. Il y a des petites poches de personnes qui font ça, mais ça ne couvre pas le tout, loin de là. Nous voulons étendre, que ce soit beaucoup plus…

Systématique ?

Systématique, oui, que ça couvre tout le monde. Nous voulons donc avoir une politique définie pour les enfants pauvres, de 3 mois à 5 ans. Nous avons aussi les enfants du CPE, les enfants de la rue, etc. Tout ça, c’est un projet qui va nous amener jusqu’à l’âge de 17-18 ans. Ce que nous voulons, c’est qu’à travers la CSR, faire chapeauter tout ça par le NEF et le ministère, qu’on ait un réel impact sur tout ce secteur.

Finalement, la lutte contre l’exclusion, c’est surtout la lutte contre la pauvreté ?

Je ne vais pas vous dire ce qui va se passer à l’avenir. Je compte deux mois à ce ministère. Je suis arrivé à une action, à une conclusion. Comment ça va évoluer après, avec le service de recherche, avec notre interaction avec les volontaires sur le terrain, avec les conférences que nous allons organiser, il faut voir. Par exemple, nous allons organiser une conférence, par une chercheuse qui a fait une étude sur le lien entre ethnicité et pauvreté. J’ai trouvé son papier intéressant. Un peu critique envers la classe politique, je dois dire, mais ce n’est pas grave, il faut qu’il y ait un débat.

Cette conférence, elle est ouverte au public ?

Elle est ouverte. Elle aura lieu dans une quinzaine de jours. Nous voulons qu’il y ait régulièrement, comme ça, des sujets qui soient discutés ouvertement.

Après les conférences, comment pensez-vous reverser ces éléments-là de façon concrète  dans le débat public pour que ça puisse servir ?

Eh bien, nous verrons. Nous prendrons conscience non seulement de ces findings, mais aussi de la réaction des gens. Nous verrons quels débats sortent de là. Cela va nous aider à sensibiliser la population sur les points qui sont acceptés, à travers la presse, les intellectuels, les décideurs qui vont être là. Regardez, par exemple, nous avons commencé à parler des handicapés, aujourd’hui même à la radio, je vois que ça bouge, il y a un débat lancé. C’est le débat qui amène ensuite les actions.

Et après, ça dépend du ministère.

Pas que du ministère. La pauvreté, c’est l’affaire de tous. C’est un de nos rôles, au ministère, de sensibiliser la société mauricienne et de l’aider à aider. Sensibilisons les patrons, par exemple, à aider les handicapés. La seconde chose, comme on l’a dit, notre politique, ça a été de se concentrer sur un point, puis après de développer d’autres choses. Il faut que certains des programmes du NEF soient, en termes d’impact, plus importants.

Là, c’est toute la question des indicateurs. Comment va-t-on mesurer les impacts ?

Il faut que le programme touche un certain nombre de gens pour qu’il soit effectif. Par exemple, nous voulons former les manoeuvres- maçons pour qu’ils deviennent maçons. Nous pensons qu’il y a là une bonne quantité de personnes qui peuvent être aidées.

Justement, en parlant en termes d’aide, ne risque-t-on pas d’entretenir le problème, c’est-à-dire de créer de l’assistanat  ?

C’est de la formation, comment pouvez-vous parler d’assistanat ? Nous voulons former. Ce qui se passe, à Maurice, quand certains quittent l’école, ils n’ont aucune qualification, ils se trouvent un petit travail comme manoeuvre-maçon. Mais il leur faut une formation. Et donc cette formation, ça va aider grandement, parce qu’il y a des milliers de gens qui sont des manoeuvres- maçons, et il y a un besoin de maçons, donc on va les faire franchir ce cap. Nous voulons avoir des programmes comme ça.

Et que pensez-vous du concept d’Entreprise Sociale introduit dans pas mal de pays  ?

Maintenant, nous avons vu autre chose aussi qui nous intéresse. Nous avons des gens qui produisent des choses très bien. Par exemple, il y a l’école Medco, à Cassis, qui fait des tomates extraordinaires. Mais qui va les acheter ? Un hôtel ne va pas en prendre. Qui va acheter donc, cela devient surtout l’affaire du commerce équitable.

Du commerce équitable ?

Comment aider les gens à écouler leurs produits. On travaille là-dessus aussi, pour voir comment les entreprises peuvent non seulement aider à former les gens, mais aussi à leur fournir un marché. Il faut une interface avec le client. Par exemple, pour Medco, la MCB ouvre ses bureaux, et ils peuvent aller vendre auprès des employés. On va voir comment faire pour permettre à ces ONG de faire le lien. Les ONG sont donc non seulement appelées à faire la formation, mais à devenir un petit peu commerçantes aussi. Sinon, ça ne sert à rien.

Et si quelqu’un vient avec des idées novatrices, vous êtes ouverts aux propositions ?

Exactement. Il faut que les gens puissent commercialiser leurs produits. Il faut donc qu’il y ait un espace commercial qui leur soit ouvert. Que les supermarchés fassent un peu plus d’efforts peut-être. Les grandes entreprises aussi, qu’elles permettent l’accès aux bâtiments, aux cafeterias, aux restaurants d’entreprise. C’est clair que la formation ne sert pas à grand-chose s’il n’y a pas un marché derrière.

Ainsi, vous êtes déjà dans une phase mixte, à la fois de recherche des variables pour l’évaluation, et de mise en place des actions ?

Absolument. Je vous montre une chose que nous avons faite, un slogan : «EDNUEDZOT». Nous aurons donc des posters avec ce slogan. La pauvreté, affaire de tous. Tout le monde,met lamen ansam.

Donc l’Etat est en train de retrouver son rôle social ?

Non, pas en train de retrouver. Il y a déjà le ministère de la Sécurité sociale. L’Etat vient en soutien aux ONG. L’Etat devient le partenaire des ONG et du secteur privé, à travers la CSR. La CSR est le ciment qui vient sceller un partenariat gouvernement- ONG-secteur privé. La tâche est énorme, nous voudrions avoir dans cinq ans, un bilan montrant que nous avons fait reculer la pauvreté. Et surtout, concernant les enfants, que l’on sauvegarde l’avenir.

 

Impact n°21 du 30 juillet 2010

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