L’urgence de professionnaliser le personnel politique mauricien

Une école nationale d’administration ne serait pas du luxe. Car pour mener des politiques publiques efficaces, il faut d’abord se doter des outils et des compétences adaptés.

Le fonctionnement de la démocratie n’est pas simple. Il ne se limite pas à l’exercice du pouvoir politique. Ni au commentaire circonstancié de cet exercice par des observateurs – journalistes ou universitaires. Il comprend aussi toute la dimension des politiques publiques, en tant que programmes d’action gouvernementale pour gérer et résoudre les problèmes de société. Ainsi parlera-t-on de politiques de santé publique, de logement, d’aménagement touristique, etc. Qui dit politique publique, dit action cohérente et intégrée, élaborée à partir de référentiels, avec mise à l’agenda, mise en oeuvre et évaluation.

La formulation d’une politique d’intégration des handicapés, étudiée dans le dossier Suivi de Priya Seewochurn en page 15, est un exemple flagrant des carences qui peuvent exister dans l’élaboration des politiques publiques : «L’absence d’outils économétriques portant sur plusieurs aspects de la vie des handicapés à Maurice ne permet malheureusement pas de faire un réel inventaire de la situation socioéconomique ou de perspectives futures des personnes handicapées. Bien que la volonté gouvernementale soit là et que les politiques nationales visant la pleine intégration des personnes handicapées sont en cours de projet ou de route, sans données précises, il est difficile de suivre l’évolution et l’efficacité des projets», constate la journaliste.

La gestion des politiques publiques requiert donc une technicité qui ne s’improvise pas. Or, on peut se poser la question de la formation du personnel politique et administratif en matière de politiques publiques, dans un système plombé par la pratique des nominations politiques et alors qu’il n’existe même pas un département structuré de Sciences Politiques à l’université. Ne serait-il pas grand temps d’envisager la création d’une Ecole nationale d’administration ? Ou, à défaut, de créer un véritable département de Sciences politiques et de Politiques publiques ?

En attendant, il est devenu urgent de rafraîchir les programmes mis à disposition des jeunes Mauriciens qui veulent servir leur pays. Ne pas se contenter de leur asséner des théories classiques – si ce n’est périmées – remontant à Cicéron ou Machiavel.

Il est impératif d’intégrer dans les cursus les théories émergentes au niveau mondial. Il serait tout aussi urgent que les universitaires s’engagent dans une réflexion épistémologique sur l’adaptation de ces théories – telles que le power sharing ou laconsociational democracy, par exemple – au contexte mauricien. La gestion des affaires publiques, l’élaboration de référentiels, l’audit des dépenses publiques, la gestion des collectivités locales, ne sont que des exemples parmi d’autres de matières qui font aussi cruellement défaut dans le panorama de l’enseignement à Maurice.

Mais pour ce faire, il ne s’agit pas juste de mettre en place des structures. Il faut une politique de recrutements en conséquence. Il est impératif que les enseignants-chercheurs recrutés soient jugés, non pas sur une aptitude à ânonner des connaissances, mais sur leur capacité à proposer des formules novatrices pour la réalité mauricienne.

C’est la condition sine qua non, pour sortir les « Political Studies » mauriciennes – qui n’en ont que le nom – du ghetto de la conception postcoloniale dans lequel elles sont enfermées. Cela afin de faire entrer en convergence la recherche en science politique et ses applications en termes de politiques publiques.

Catherine BOUDET
 Impact n°16 du 25 juin 2010

Retrouvez cet article dans Pages mauriciennes. Chroniques journalistiques de l’île Maurice, Edilivre, 2013.

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