Malouines : rebondissement dans la guerre du pétrole

L’or noir des Malouines est au centre d’un nouveau conflit entre Buenos Aires et Londres. Mais l’annonce que le premier forage est un échec, pourrait changer la donne.

La deuxième guerre des Malouines aura-t-elle lieu ? La question est sur les lèvres des observateurs internationaux tandis que l’Argentine commémore ce 2 avril le 20ème anniversaire de la prise de l’archipel aux Britanniques. Mais cette fois-ci, les acteurs du conflit ne sont plus seulement les deux Etats qui se disputent l’archipel depuis plus d’un siècle. Entrent en lice les multinationales pétrolières qui convoitent le pétrole à 300 km de la côte argentine.

La zone de prospection, qui aurait fait partie de la zone économique exclusive de Buenos Aires si les Malouines étaient argentines, tombe sous contrôle britannique. Londres l’a d’ailleurs placée sous protection militaire dès le début des forages, en février dernier. Elle a dépêché sur place trois bâtiments militaires, les HMS YorkHMS Clyde et HMS Scott, ainsi qu’un sous-marin nucléaire. La pièce est donc loin d’être jouée.

Surtout qu’un coup de théâtre vient de se produire. Dimanche 28 mars, le Sunday Timesannonce que le premier forage, réalisé au nord des Malouines par la compagnie pétrolière britannique Desire Petroleum, est un échec. D’après le journal anglais, ce premier forage, baptisé Liz, aurait démontré la présence d’hydrocarbures, mais dans des quantités insuffisantes pour être exploitées de manière viable. Desiré Petroleum a confirmé mardi que le pétrole trouvé était de mauvaise qualité.

A cette nouvelle, l’opinion publique argentine a poussé un ouf de soulagement. Soulagement conforté par les déclarations faites le même jour à La Nación par Wintershall. La compagnie pétrolière allemande, pourtant spécialiste des forages difficiles en offshore, a affirmé qu’elle ne prendrait pas le risque de prospecter le pétrole des Malouines. Elle investira 200 millions d’euros pour la prospection de gaz et de pétrole en Argentine. Mais Ties Tiessen, son chargé d’exploitation, a déclaré au quotidien argentin «je souhaite bonne chance à ceux qui font cette tentative, mais nous, nous ne jouons pas à la loterie».

Quant à la « loterie » en question, elle n’est pas encore tirée. Liz n’est que le début de la campagne de prospection lancée par les multinationales britanniques pour déterminer le potentiel pétrolier de l’archipel des Malouines. Ces projets de forage sont venus raviver le vieux contentieux entre Buenos Aires et Londres. Contentieux qui avait donné lieu en 1982 à la «Guerre des Malouines», la plus importante bataille navale depuis la seconde guerre mondiale, remportée par les Britanniques.

Depuis février dernier, on craint une nouvelle escalade. La présidence argentine a réagi à l’annonce des forages en publiant un décret stipulant que «tout navire se proposant de transiter entre des ports de l’Argentine continentale et des Malouines ou de traverser des eaux juridictionnelles argentines en direction des îles ou de charger des marchandises entre ces ports devra solliciter l’autorisation préalable du gouvernement argentin». Le 11 février, un cargo transportant des tubes destinés aux forages pétroliers aux Malouines avait ainsi été bloqué dans un port argentin.

Doit-on craindre un remake du 2 avril 1982 ? La Cancillería (la présidence argentine) semble privilégier la carte de la négociation internationale. L’Argentine défendra ses droits «par des moyens pacifiques» assurait le 17 février dernier le vice-ministre argentin des Affaires étrangères sur les ondes de Radio Milenium. Quant à la présidente Cristina Kirshner, elle a lancé une campagne diplomatique pour mobiliser des soutiens. Le 22 février, elle obtenait l’appui d’un sommet réunissant au Mexique 32 pays d’Amérique latine et des Caraïbes.

Mais en Argentine, l’opinion publique dénonce une attitude «tiède» de sa présidente face à l’appropriation des ressources naturelles du pays par les multinationales étrangères, pas seulement aux Malouines mais aussi en Patagonie.

Dans un «Manifeste national en faveur des Malouines», le directeur du Groupe des Etudes Stratégiques d’Argentine, Hugo Rodriguez, s’élève contre «l’invation anglaise la plus importante de tous les temps». Et de réclamer l’expulsion de l’ambassadeur britannique ainsi que des sociétés actionnaires ou affiliées aux compagnies exploitant le pétrole des Malouines.

Des représentants d’associations devaient également manifester devant le siège de laCancillería contre la décision du ministère des Finances de faire de la Barclays le coordinateur d’une opération d’échange de bons du Trésors destinés à financer les impayés du gouvernement argentin. Les militants réclamaient la « révocation immédiate » du contrat avec la Barclays au motif qu’elle est le principal actionnaire de Desiree Petroleum.

Les associations de vétérans de la guerre des Malouines ont elles aussi exprimé publiquement leur opposition aux forages. Elles dénoncent l’habilitation délivrée par le gouvernement argentin au groupe minier anglo-australien BHP Billiton, pour effectuer la prospection minière dans la région d’Andalgalà. BHP Billiton étant la maison-mère deFalkland Oil & Gas, qui va procéder à un forage au sud des Malouines.

La crise des Malouines dépasse donc le seul enjeu du pétrole. Pour Patrice Mendiondo, directeur du journal militant El Malvinense, 5 ou 6 milliards de barils ne représentent pas un gain considérable eu égard aux dépenses engagées pour la prospection, l’acheminement du brut et la protection militaire de la zone. « Mais plutôt, derrière les affaires, il existe un jeu politique pour observer comment réagit l’Argentine devant les faits qui mettent en échec sa souveraineté territoriale. Essayer, évaluer. Si la réaction de la Cancillería n’est pas sévère, les Britanniques continueront de s’emparer d’encore plus de ressources et de territoire. »

Aujourd’hui, l’Argentine n’a pas les moyens militaires d’un remake de 1982. Car depuis 1990, pour éviter tout nouveau coup d’Etat, le gouvernement argentin s’est employé à démanteler les forces armées. Mais la question est surtout de savoir si l’Argentine a les moyens économiques et diplomatiques de défendre ses ressources naturelles contre les multinationales. Une question qui se pose aussi pour de nombreux pays du Sud.

Impact n°4 du 02 avril 2010

Retrouvez l’article dans son intégralité sur Scribd : ICI

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