Séismes : la menace se rapproche

Le 12 janvier 2010 dernier, Haïti n’était pas la seule à subir un tremblement de terre. Un autre séisme s’est produit le même jour au large de Maurice. Une équipe de scientifiques locaux et américains observe une recrudescence des signes indiquant que Maurice et Rodrigues sont désormais sous la menace directe.

Après le séisme destructeur qui a frappé Haïti la semaine dernière, une question brûle les lèvres : une telle catastrophe pourrait- elle se produire chez nous ? D’autant que Rodrigues a également ressenti deux secousses en octobre et décembre 2009. Des éclaircissements s’imposaient donc. La réponse est : oui.

Un tremblement de terre frappe en quelques secondes, ne laissant aucune chance de fuir. En revanche, il ne frappe pas au hasard. Les régions proches des zones de contact entre des plaques tectoniques sont prédisposées aux séismes. Et là où la terre a déjà tremblé, elle re- tremblera.

Dans l’océan Indien, l’activité sismique est bien présente. Maurice et Rodrigues sont toutes deux situées à proximité d’une dorsale (la Southwest Indian Ridge), c’est-à-dire une zone où les plaques tectoniques s’écartent l’une de l’autre. En fait, Rodrigues est même toute proche de la jonction de trois plaques tectoniques : la plaque africaine, la plaque indo- australienne et la plaque antarctique. Ce triple point de jonction est d’ailleurs nommé la «Rodrigues Triple Junction»…

Outre les séismes sous- marins du 12 octobre dernier à 1 020 km de Maurice (magnitude 6) et du 2 décembre dernier à 147 km de Rodrigues (magnitude 5,3), d’autres épisodes sismiques ont continué d’agiter notre région proche. Le 18 décembre, deux séismes se produisent à une seconde d’intervalle au large de Rodrigues. Le premier, à 11 h 32 du matin, à 293 km (magnitude 4,9), puis un second à 11 h 33, à 320 km (magnitude 5,8). Le 29 décembre, à 1 440 km au sud de Maurice, nouveau séisme d’une magnitude de 4,9. Puis, le 12 janvier dernier (oui, le même jour que celui d’Haïti !), à 21 h 40 locales, un séisme d’une magnitude de 4,8 se produit à 1 800 km de Maurice. D’après l’océanographe et ingénieur de l’environnement, Vassen Kaupaymuthoo, qui avait prédit la secousse du 2 décembre, le séisme du 12 janvier pourrait être une contrepartie de celui d’Haïti, en raison du phénomène d’ajustement des plaques tectoniques à échelle globale.

«Acidification de l’eau»

Vassen Kaupaymuthoo travaille avec un réseau de chercheurs mauriciens et américains, en collaboration avec les United States Geological Services (USGS) aux Etats-Unis. L’équipe signale l’apparition d’un double phénomène. D’une part, une accélération de la sismicité dans notre région (plus de 9 séismes depuis décembre). D’autre part, un déplacement des épicentres de ces séismes vers l’ouest, se rapprochant donc de plus en plus de Maurice et de Rodrigues.

«L’accélération de la sismicité a commencé en octobre dernier, mais elle est encore plus visible depuis décembre», rapporte Vassen Kaupaymuthoo. «La forme des ondes sismiques a également changé. Ce qui témoigne du fait que le système de plaques dans la région et de circulation de magma devient instable.» Il fait référence à «l’éruption du siècle» du 2 avril 2007 au Piton de La Fournaise, où l’effondrement du cratère Dolomieu avait occasionné trois jours après un séisme de magnitude 5,3.

L’activité tectonique et l’activité volcanique dans notre région sont donc bel et bien liées. «Jamais aucun séisme de cette magnitude à La Réunion n’avait été rapporté dans les archives des l’USGS sur plus de cinquante années. Quant au séisme du 2 décembre 2009, là encore aucun séisme aussi proche de Rodrigues n’avait jamais été relevé dans les annales de cet institut américain», commente Vassen Kaupaymuthoo.

L’équipe de Vassen Kaupaymuthoo comprend 5 personnes des l’USGS aux Etats- Unis, sismologues et vulcanologues, ainsi qu’un spécialiste en dégazage volcanique. Localement elle est composée de 5 chimistes, 1 géologue, 2 ingénieurs civils et 1 sismologue. L’équipe s’appuie également sur un réseau d’observateurs qui rapportent des données du terrain. Des laboratoires privés apportent également leur contribution citoyenne, en fournissant les analyses.

C’est ainsi que le réseau de Vassen Kaupaymuthoo a pu identifier des signes d’une accélération de l’activité volcanique. «Depuis octobre 2008, il a commencé à se produire des phénomènes caractéristiques. Ainsi, des employés de la CWA nous ont rapporté une acidification de l’eau des nappes souterraines à Maurice. C’est à cause de l’acide carbonique. Il y a aussi une grande quantité d’anguilles à Grand-Bassin qui sont mortes en raison de cette acidification. Il faut savoir que Grand-Bassin est un ancien cratère.» Or, il est prouvé que le magma émet une grande quantité de gaz carbonique. «En étudiant la localisation des forages affectés par cette acidification de l’eau, nos chercheurs ont constaté qu’ils sont tous situés dans la caldeira centrale de Maurice. Quant aux trois forages qui sortent de cette caldeira, leur alignement est parallèle à la dorsale océanique», relève encore l’océanographe.

«J’ai contacté les USGS avec ces éléments et ils m’ont dit de surveiller la sismicité». Or, comme nous le constatons, la sismicité est en phase d’accélération. «Je ne dis pas qu’un séisme va se produire du jour au lendemain, mais il y a définitivement des signes que quelque chose est en train de se passer», met en garde l’océanographe. Il serait donc temps de cesser de pratiquer la politique de l’autruche…

l’express du 22 janvier 2010

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