Les Mauriciens s’ouvrent à l’informatique

Le Salon Infotech en est à sa 16ème édition, pourtant le projet de cyber-île est loin d’être une réalité. Les disparités dans l’équipement en informatique des foyers reflètent le fossé entre riches et pauvres. Une politique d’«alphabétisation informationnelle» est nécessaire pour que l’informatique soit au service du développement humain.

Alors que le 16ème Salon Infotech ouvre ses portes à Pailles, la préoccupation du gouvernement est de réduire la «fracture numérique», cet écart entre ceux qui ont accès aux nouvelles technologies de l’information, et ceux qui ne l’ont pas. L’État entend doubler le taux de pénétration de l’informatique dans les foyers d’ici cinq ans, pour atteindre 50 %. Encore faut- il que la révolution numérique soit au service du développement humain.

Avec l’arrivée du Business Process Outsourcing (BPO), Maurice a réalisé un saut technologique vers la civilisation numérique. Mais ce saut n’a pas encore été effectué par la société. Seulement 30 % des foyers mauriciens sont équipés d’ordinateur et 20 % sont connectés à Internet, selon les statistiques officielles pour 2008. Parmi les foyers qui n’ont pas d’ordinateur, 64 % considèrent qu’ils n’en ont pas l’utilité. Le projet de cyber-île «a donc encore du chemin à parcourir» , note Christina Chan- Metoo, lecturer en communication et média à l’université de Maurice.

Ganesh Ramalingum, directeur de Data Communications Ltd, anticipe une progression pour les cinq prochaines années. «Avec l’arrivée du numérique, on aura beaucoup plus de content , par exemple la télévision numérique, ce qui va pousser les gens à rechercher un accès à l’Internet. Avec le volume de connexions, les prix deviendront plus abordables.» L’effet de modèle est non négligeable dans la « conversion » des Mauriciens à l’informatique, note un ingénieur travaillant dans le BPO. «Le Mauricien moyen va acheter un ordinateur pour son enfant, même si c’est de seconde main. Cette personne n’est pas nécessairement exposée à l’informatique, n’a aucune notion d’informatique et ne s’en sert pas lui- même, mais il voit des gens qui y sont exposés et il transpose cela sur son enfant

Fossé numérique

Pour l’heure, le principal obstacle à l’équipement des ménages en informatique reste financier. La fracture numérique est le reflet de la fracture sociale. Les statistiques pour 2008 indiquent que, parmi les foyers n’étant pas équipés, 31,3 % considéraient que l’achat d’un ordinateur était trop coûteux pour eux. Le prix d’un ordinateur équivaut au revenu mensuel moyen d’un foyer mauricien, estimé à Rs 19 000. Outre l’investissement initial, qui peut être fait en contractant un crédit, il faut encore débourser un abonnement mensuel pour une connexion Internet.

Ce «fossé numérique» ne se traduit pas seulement en termes de classes sociales, mais aussi en termes d’âge et même de genre. Plus les utilisateurs sont jeunes, plus ils sont familiers de l’ordinateur et d’Internet. La disparité entre les sexes s’exerce à partir de 40 ans. «Y compris dans des foyers correctement équipés, observe Christina Chan-Meetoo, il existe une monopolisation de l’ordinateur et de l’Internet par les jeunes. Les ados et le papa seront plus utilisateurs. La maman est généralement la dernière sur la liste.» Le numérique doit rester au service du développement humain, pour permettre à son tour de réduire la fracture sociale. La politique affichée par le gouvernement semble aller dans ce sens. Dans son allocution, mardi, à l’occasion du lancement d’Infotech, le ministre de la Technologie informatique et des Télécommunications, Asraf Dulull, soulignait que la politique numérique doit viser «une démocratisation de l’information pour réduire les couches de pauvreté à Maurice».

Le National Computer Board ( NCB) est chargé de «mettre en oeuvre la politique gouvernementale d’élargir le degré d’opportunité pour les Mauriciens d’avoir accès à Internet» , explique son président, Suraj Ramgoolam. «Si on n’a pas nécessairement la possibilité de mettre l’outil informatique dans toutes les maisons, on peut le mettre dans toutes les écoles secondaires.» Selon les chiffres pour 2008, 93,6 % des écoles secondaires offrent à leurs élèves une connexion gratuite à Internet.

Pour une alphabétisation numérique

Le Community Empowerment Programme est une autre mesure gouvernementale pour équiper gratuitement les Youth centers et les Women centers en postes informatiques et en accès Internet. 38 centres ont été pourvus et le ministre Dulull a annoncé que 150 autres le seraient prochainement. Enfin, l’État a lancé récemment la E-inclusion foundation, fondée sur un partenariat public-privé, qui dote gratuitement en ordinateurs des associations caritatives dédiées à la santé des personnes vulnérables.

Offrir un accès aux technologies ne suffit pas pour assurer le développement humain. L’égalité de tous les citoyens face au progrès social passe par l’«alphabétisation numérique», qui vise à doter la population des moyens de maîtriser ces nouvelles technologies de l’information. Parmi les actions gouvernementales en faveur de l’alphabétisation numérique, les «cyber-caravanes» permettent d’aller à la rencontre des publics les plus vulnérables à la fracture numérique, comme les mères au foyer. À ce jour, 80 000 personnes ont été sensibilisées par ce biais, précise le président du NCB.

Les infrastructures des écoles secondaires sont utilisées dans le cadre de l’Universal ICT Education Programme, lancé en 2006 à l’initiative du Premier ministre pour former des adultes à l’informatique et à l’Internet. Au terme de 45 heures de formation, les stagiaires obtiennent une Internet & Computing Core Certification. Ce programme a déjà formé plus de 100 000 personnes, explique Suraj Ramgoolam.

L’«alphabétisation numérique» est une étape vers une «alphabétisation informationnelle». Autrement dit, les connaissances acquises doivent permettre aux citoyens de développer leur capacité à évaluer ces informations, pour ensuite faire des choix et prendre des décisions concernant leur vie. Que ce soit en matière d’information sur la santé, sur leurs droits, sur des procédures administratives, etc. Cet aspect est déjà prioritaire chez les utilisateurs mauriciens d’Internet. 82,5 % d’entre eux ont recours à Internet pour rechercher de l’information. 30 % s’en servent pour la recherche d’informations sur les sites du gouvernement.

À mesure que les Mauriciens vont s’approprier la révolution numérique qui commence à être mise à leur portée, c’est sans doute du coeur même du projet de société numérique à la mauricienne que viendra la nécessité d’un Freedom of Information Act, dont le projet peine à voir le jour à l’Assemblée nationale.

l’express du 20 novembre 2009

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