Alternative politique : le MMM introduit la démocratie participative

Au congrès anniversaire du Mouvement Militant Mauricien (MMM), samedi dernier, cinq ténors du parti ont dévoilé les grands axes du programme pour les prochaines législatives. Ils proposent la démocratie participative, avec ses principes de participation des citoyens à la politique et de défense des libertés, comme une nouvelle alternative politique.

En soufflant ses quarante bougies le week-end dernier, le MMM n’entendait pas juste effectuer un retour nostalgique vers le passé. C’était aussi l’occasion pour le mouvement de dévoiler son programme, avec une proposition novatrice pour la scène politique mauricienne : l’introduction du principe de «démocratie participative». Cinq membres du bureau politique du MMM, Steven Obeegadoo, Vishnu Lutchmeenaraidoo, Jayen Cuttaree, Jenny Mooteealoo et Alan Ganoo, ont présenté les grands axes de cette démocratie participative à la mauricienne.

La démocratie participative est d’emblée affirmée dans la déclaration de principes du MMM : «Le MMM croit en une démocratie où le gouvernement est redevable au peuple et où les décisions sont prises en consultation avec ceux qui sont directement concernés». Sa définition est précisée par Steven Obeegadoo : il s’agit de «mettre en oeuvre une démocratie sociale et participative qui associe les citoyens et leurs organisations à l’élaboration des décisions qui les concernent, et au contrôle de leur application».

Cette proposition se décline en cinq axes, qui ont été présentés par les membres du comité exécutif du MMM lors du congrès-anniversaire du 26 septembre, et qui figurent sur son site web. Steven Obeegadoo y expose «Les valeurs permanentes du MMM face aux enjeux du 21ème siècle». Celles-ci sont complétées par une «ébauche du projet économique et social du MMM», de Vishnu Lutchmeenaraidoo et par «After the Crisis … » de Jayen Cuttaree.

La justice sociale est un premier axe mis en avant dans ces différents documents, comme le préalable nécessaire à toute démocratie participative. En effet, la justice sociale doit fournir les conditions d’une égalité entre les citoyens, en termes d’accès au travail, aux soins, au logement, aux droits, pour que tout un chacun puisse s’impliquer sur un même pied d’égalité dans les décisions qui concerne le bien collectif.

C’est dans cette logique que s’inscrit le projet économique de Vishnu Lutchmeenaraidoo, condamnant l’ultra-libéralisme et lui opposant une politique de «croissance participative» visant à assurer un «partage équitable des richesses». L’aide aux PME, par exemple, est envisagée comme un outil de cette politique. Il préconise la mise en place d’instruments fiscaux spécifiques pour les PME, ainsi que la création de pépinières d’entreprises pour aider à leur démarrage.

La «New Strategy For Mauritius» de Jayen Cuttaree fait du développement durable et de la sécurité énergétique deux éléments de justice sociale. Il souligne la nécessité de replacer l’écologie au coeur de la politique de développement, afin de garantir une optimisation des ressources naturelles, dans un pays insulaire où le coût des dégradations environnementales a un coût très élevé pour la société et pour la croissance.

La justice sociale passe par une «égalité des droits fondamentaux entre les sexes» comme étant la pierre angulaire «d’une égalité dans la participation et dans l’expression de l’opinion politique», ainsi que l’expose le document sur «Les femmes face au défi d’une île Maurice moderne» présenté par Jenny Mooteealoo. Le souci de corriger la sous-représentation féminine en politique repose sur l’idée que «la femme doit pouvoir influencer les politiques qui affectent sa vie et celle de la famille». L’aile féminine du MMM préconise un renforcement de la législation pour protéger les femmes des violences conjugales et l’élargissement des critères de l’aide juridique, notamment pour les affaires de violence familiale.

La défense des libertés est le second pré-requis de la démocratie participative. C’est l’idée que chaque citoyen doit être libre de ses choix pour être en mesure de contribuer aux prises de décisions qui engagent la collectivité. A cet égard, le droit à l’information est le garant d’une véritable liberté d’expression. Steven Obeegadoo et Alan Ganoo réclament donc la fin du monopole étatique sur la télévision et l’introduction des chaînes de télévision privées. Alan Ganoo insiste sur la nécessité d’un Freedom of Information Act (FIA) pour «accroître les droits des citoyens à avoir accès aux informations relatives au fonctionnement des départements et des autorités des corps étatiques».

Ainsi, égalité, liberté et participation des citoyens à la politique constituent le triptyque fondateur de la démocratie participative. Alan Ganoo demande une réforme des institutions visant à mettre en oeuvre ces principes. Son rapport préconise une réforme du Parlement pour rendre son fonctionnement plus représentatif, plus «accountable» et plus transparent. L’une des mesures à cet effet serait l’introduction de Standing Parliamentary Committees, qui permettraient de «recueillir les avis de la société civile et des autres parties prenantes quant aux implications des législations proposées». Il demande également la rediffusion en direct à la télévision des débats parlementaires et la mise en place d‘«audits démocratiques». «Les audits démocratiques sont la proposition majeure du MMM pour les années à venir. Ces audits seront les chiens de garde de la démocratie. Ils nous permettront de prendre la mesure et de corriger les attitudes anti-démocratiques», explique-t-il. Ces audits seraient réalisés par une commission indépendante sur la base de critères pré-établis permettant de mesurer le degré de démocratie dans les institutions.

Une autre mesure phare de la participation des Mauriciens au processus politique serait l’organisation de consultations populaires par internet, à l’image de ce qui a été mis en place par Obama aux Etats-Unis. «Pour que démocratie rime avec responsabilité, nous croyons au besoin de favoriser l’exercice de la responsabilité directe en donnant par exemple aux habitants des collectivités locales un pouvoir d’initiative en matière réglementaire, en organisant des votes permanents sur les réseaux, des référendums d’initiative populaire sur l’internet à propos de sujets d’intérêt général et en organisant par les mêmes voies des compte-rendus de mandat», développe Alan Ganoo.

Si ces propositions pour une démocratie participative doivent encore être soumises à l’épreuve du temps, et surtout au vote de confiance de l’électorat, leur application dans divers pays d’Europe et d’Amérique depuis les années 1970, montre qu’il ne s’agit pas d’une pure utopie. Depuis un certain temps, il est dans l’air du temps de constater qu’«il n’y a plus d’idéologies» dans la politique mauricienne d’aujourd’hui. Les propositions du MMM en faveur d’une démocratie participative à la mauricienne pourraient bien constituer cette «dose d’idéologie» qui faisait cruellement défaut. La notion de démocratie participative soulève des questions de fond, qui devront être débattues entre les différentes formations politiques dans la perspective des prochaines élections générales.

Un volet spécifiquement féminin de ces chantiers économiques et sociaux est présenté par Jenny Mooteealoo sous le titre «Les femmes face au défi d’une île Maurice moderne». Enfin, «The reform of institutions for a democratic Mauritius» d’Alan Ganoo, constitue le levier de la mise en œuvre du programme.

l’express du 1er octobre 2009.

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