Le MMM d’aujourd’hui et les valeurs de gauche

Le Mouvement Militant Mauricien (MMM) souffle ses 40 bougies, et se tient à la croisée des chemins. Aujourd’hui parti d’opposition, en campagne électorale, il a abandonné la ligne marxiste de ses débuts, pour s’ancrer dans des valeurs de gauche de type social-démocrate. Quarante ans après la lutte syndicale et la mobilisation populaire qui l’avaient porté au pouvoir, quelle est la pertinence dans le monde aujourd’hui des valeurs de gauche telles qu’elles sont défendues par le MMM ?

Dans son pré-programme électoral, le MMM propose cinq points de réforme : lutte contre la corruption, pour la liberté d’information, pour une réforme du système électoral, pour la justice sociale et enfin, pour l’unité nationale dans le respect de la diversité. La réaffirmation des valeurs de gauche par le MMM s’inscrit ainsi dans la conception d’une social-démocratie moderne : l’idée que la justice sociale est le préalable nécessaire à l’implication de tous les citoyens dans la réalisation des objectifs d’intérêt général.

Chemin faisant, le MMM a quitté le socialisme d’inspiration révolutionnaire au profit de l’idée que la méthode de réforme socialiste doit opérer des compromis avec le libéralisme économique. Ce virage idéologique peut être qualifié par ses détracteurs de «compromission», par ses partisans de «réalisme». Dans tous les cas, il résulte du fait que sa marge de manœuvre est étroite vis-à-vis des contraintes du système, tant au plan économique que politique.

Au plan économique, la gauche social-démocrate, et le MMM avec elle, face au libéralisme, prône «une économie sociale de marché», autrement dit une économie mixte. Il s’agit désormais de «contenir l’expansion du marché» et celui de la «société de la marchandisation», notamment en favori­sant la gratuité des services publics.

La marge de manœuvre du MMM est mince également vis-à-vis des contraintes du système politique mauricien, fondé sur le vote ethnique et le «power sharing» entre élites par le biais des alliances. La ligne fondatrice du MMM, qui prônait le remplacement du communalisme par la lutte des classes, a été abandonnée. De même qu’a été abandonné le mauricianisme unitaire des débuts, «enn sel lepep, enn sel nasyon», au profit d’un mauricianisme empreint d’unité dans la diversité. Le MMM lui-même reconnaît cette attitude de compromis qui reflète «l’arbitrage entre le souhaitable et le réalisable».

Malgré ce virage idéologique, le recours aux valeurs de gauche d’égalité sociale permet néanmoins au MMM de conserver une certaine continuité avec sa culture militante d’origine. Par exemple, en revendiquant désormais la promotion du dialogue interculturel et en condamnant les discriminations de toutes sortes, en termes de classe, de communauté, de religion, de sexe, etc., le MMM s’inscrit dans la conception socialiste selon laquelle la justice sociale est la condition nécessaire à une démocratie participative. C’est l’idée qu’il est nécessaire que tous les citoyens bénéficient d’une égalité des chances, afin d’avoir également tous les mêmes possibilités de contribuer à la recherche du bien collectif.

L’encouragement à une démocratie participative, «associant les citoyens à l’élaboration des décisions et à leur contrôle», se traduit dans le programme du MMM par la revendication pour le droit à l’information, la fin du monopole d’État sur la télévision et l’introduction d’une dose de proportionnelle dans le système politique. En se posant résolument comme un «parti de transformation sociale», «capable d’inspirer» le peuple (jeunes, travailleurs, salariés), c’est aussi une dynamique d’action sociale – définie comme la capacité de la société à agir par elle-même et pour elle-même – qu’il se propose d’instaurer.

Les implications de la revendication en faveur d’une démocratie participative sont profondes car elles impliqueraient une refonte du rapport actuel entre l’État et la société. A cet égard, le MMM a-t-il les moyens de ses ambitions, surtout lorsqu’il s’agit de la question très cruciale d’une réforme électorale ?

L’enjeu n’est pas seulement de réussir le passage du stade des valeurs à celui de la réalisation de programme politique. C’est aussi celui de redonner à l’électorat un idéal. Car, quarante ans après, l’échec du MMM à réformer le système suivant les idéaux qu’il s’était proposés à l’époque, a laissé des traces durables et douloureuses chez tous ceux qui y avaient cru. Le grand enjeu des 40 ans du MMM, c’est donc sans doute celui-ci, de refonder l’action sociale et le projet de société sur un idéal mobilisateur.

l’express du 25 septembre 2009.

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