Plaidoyer pour un déverrouillage de la culture politique à Maurice : en finir avec l’idéal du « gâteau »

Plaidoyer pour un déverrouillage de la culture politique à Maurice :  en finir avec l’idéal du « gâteau »

La culture politique désigne l’ensemble des valeurs et croyances que les citoyens ont à l’égard du politique (Verba). Comment définir la culture politique à Maurice (quelle attitude vis-à-vis du leadership politique) ?

Le système politique mauricien verrouille une culture politique de nature oligarchique : la culture politique est définie, imposée d’« en haut », elle se traduit par des attitudes déférentes de la population envers le politique, par un culte du leader et une culture du tabou (peur de formuler des critiques envers le système).

 Pourtant, en situation de démocratie, les partis politiques et les élites politiques doivent véhiculer vers l’espace politique les demandes en provenance de la société, des citoyens, pour un règlement de ces problèmes. Mais le système électoral mauricien verrouille la formation d’une élite politique non représentative de la masse, fonctionnant sur un principe oligarchique. Ces dynasties politiques imposent finalement à la masse les débats sociaux tandis que l’inverse est peu vrai, exemple du débat sur l’avortement.

Diffusée de l’espace politique vers l’électorat par le biais du système électoral, cette culture politique consociative donne lieu à des idées reçues selon lesquelles le communalisme et la représentation des idées en politique sont un mal nécessaire (alors même que le best loser est plus symbolique qu’autre chose en termes de représentation des communautés), une déférence à l’égard des leaders.

En outre, cette culture politique reproduit dans la société l’« idéal du gâteau » qui régit le système politique en fonction du Best Loser System (répartition des ressources de l’Etat en termes ethniques suivant la règle du zero-sum game). D’où une conception du communalisme comme un mal nécessaire, comme une fatalité.

 Pourtant les valeurs de cette culture politique sont de plus en plus en décalage avec les réalités mauriciennes qui vont dans le sens d’un décloisonnement ethnique de la société et de l’économie. Elle contribue à figer et à enkyster des réflexes communalistes dans les pratiques alors que parallèlement, l’évolution de la société va dans le sens du décloisonnement (relations professionnelles, mariages mixtes). Le scrutin électoral majoritaire empêche l’émergence de partis politiques alternatifs qui seraient porteurs de programmes ou d’idées nouvelles en provenance de l’espace social. Les résistances envers une réforme électorale proviennent précisément de la peur d’ouvrir l’élite politique et son mode de recrutement qui pour le moment est largement ethnique.

 Une loi comme l’Equal Opportunity Act est une piste pour changer cet état de choses, mais à condition qu’elle s’applique au système politique, or ce n’est pas le cas. Elle entrerait alors en antagonisme avec le Best Loser System.

 Le problème c’est que la culture politique mauricienne est tellement imprégnée du modèle du « gâteau », que même les propositions de changement se formulent sur le même mode : on met davantage l’accent sur la représentation de la diversité dans le politique (hantise de la représentation des groupes d’appartenance), que sur la représentation des idées. Ce partage du gâteau que l’on faisait en termes de groupes ethniques, on cherche alors à le décliner sur d’autres registres : représenter équitablement les femmes, les handicapés, etc. au lieu de mettre l’emphase sur la nécessité d’un système plus inclusif traduisant les enjeux sociaux vers l’espace politique.

 Nécessité de déverrouiller cette culture politique : par la réforme électorale avant tout. Notamment par l’abolition du BLS, pour permettre une traduction plus « naturelle » des enjeux sociaux vers l’espace politique. (ex. : on ne peut pas légiférer pour une interdiction du communalisme discursif si on n’abolit pas le communalisme dans ses faits, comme le BLS).

 La mise en place d’une nouvelle culture politique ne peut pas se faire non plus sans les mécanismes institutionnels et légaux pour permettre l’émergence de groupes de convictions (rassemblés autour d’idées communes) au lieu de groupes d’appartenance (sempiternels gender, ethnic group, religion, etc.).

 Il y a nécessité pour cela d’introduire une véritable politique multiculturaliste (c’est-à-dire qui défendrait non pas les communautés en tant que telles, mais les individus quelle que soit leur communauté ou identité) en appliquant l’EOA dans le domaine de l’Etat et du service public. Car le BLS ne garantit aucunement les droits des individus, ni la protection des groupes minoritaires, il ne garantit que le power sharing entre élites politiques issues ou se réclamant des différents groupes, c’est différent. Au contraire de ce fait, il retarde l’avènement de la démocratie. Voire plus, la reconnaissance des droits des groupes dans la société ne nécessite pas un BLS. Elle requiert seulement que les droits culturels des groupes ne soient pas enfreints.

 En conclusion, une nouvelle culture politique est requise non pas pour « construire la nation » mais pour construire l’unité des citoyens au sein de la nation, c’est différent.

 Catherine Boudet

Présenté lors de la conférence organisée par l’Institute for Social Peace and Development (ISDP) “Striving for a new Political Culture” en 2009 à l’Université de Maurice.

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